Samedi 3 août
Me voici donc engagé sur la route de Dalandzadgad, partant plein sud
d'Oulaanbaatar. Cette ville plantée en plein désert de Gobi est en
fait un très gros village.
Hier dans l'après midi les premiers soixantes kilomètres se sont
révélés très madiocres. Mais ce matin à peine parti du bivouac,
ma surprise est grande de retomber sur une excellente route qui
finira malheureusement quelques 80 kilomètres plus loin. A partir le
là, la piste est souvent très médiocre à franchement mauvaise
surtout en raison des travaux d’extension de la route en
construction. Le macadam fera sa réapparition avant Mandalgovi, mais
n'ira guère plus loin.
La piste s'améliore toute fois, mais la tôle ondulée est
omniprésente.
Nous sommes en plein dans le désert de Gobi, surprenant par l'herbe
verte qui ne laisse pas même entrevoir le sol caillouteux et
légèrement sablonneux. Notre référence d'image d'un désert étant
pour la plupart d'entre nous les occidentaux celle des espaces de
dunes et sable d’Afrique du nord, je reste un peu sur ma fin
jusqu'en milieu d 'après midi.
Alors que prudemment, j'essaye d'éviter au mieux les secteurs de
« vitro-massage », un vieux camion citerne russe me
double à vive allure hors traces. Vite distancé, la présence de ce
véhicule n'est plus qu'un nuage de poussière de moins en moins
visible, dessinant dans le lointain le tracé à suivre. Au détour
d'un virage coincé entre deux bosses, quelques vingt minutes plus
tard, j’aperçois le camion perché, hors piste, sur une de ces
nombreuses proéminences caillouteuse. Une fois rapproché, le capot du moteur grand ouvert est nettement visible ainsi que deux personnes dont l'une, perchée sur le pare choc avant, est penchée sur le moteur. Les grands signes que m'adresse le deuxième personnage détourne mon valeureux petit Ford qui se met en devoir d'escalader la colline.
Pas de souci majeur, seulement laisser le temps au vieux moteur russe
de se refroidir, car l'eau boue joyeusement. Ainsi je vais avoir le
temps de recueillir quelques précieux renseignements sur l'état des
pistes sur mon parcours des jours à venir. Mais les quiproquos dus
à ma méconnaissance du Mongole me font comprendre des choses
contradictoires. Je ne suis donc pas beaucoup plus avancé et devrai
juger par moi même le moment venu. La seule chose dont je suis sur,
c'est que les cents kilomètres avant Dalandzadgad m'ont été
présenté comme mauvais.
A la redescente d'un mini-petit col, dans un secteur joliment
accidenté de dunes moins arrondies que d'habitude et très
enchevêtrées, le décors change assez radicalement. L'herbe plus
courte et très éparse maintenant, laisse transparaître les
couleurs rougeâtres de certains reliefs et leur nature caillouteuse.
Le Gobi, désert, commence donc à se dévoiler. Au sommet des
dernières collines visibles vers le sud, l'arrêt est choisi
surplombant une immense plaine dont la légère poussière de sable
en suspension, présent toute l'après midi, ne laisse pas percevoir
la fin. Ce sera le menu de demain.
Dimanche 4 août
Tout compte fait, la descente jusqu'à Dalandzadgad, tout de même
encore distante de presque 300 kilomètres, me fait hésiter. Si la
traverser vers le Nord Ouest s'avère impraticable, il faudra
remonter jusqu'à mon point actuel, dernière traversée possible
d'après ma carte, pour rejoindre le grand axe Sud, Ulaanbatar /
Arvayheer / Bayanhongor / Altay / Hovd que je compte bien tenter
d'éviter au maximum par une piste qui lui est parallèle, plus au
sud d'une centaine de kilomètres.
Donc pour ne pas risquer de perdre quatre jours à un essai
infructueux, étant à environ 85 kilomètres au sud de Mandalgovi,
je file tout de suite vers Arvayheer. Une petite piste comme je les
aime maintenant, prend naissance à une trentaine de kilomètres plus
au sud.
La chance me sourit, puisque se présente bien plus tôt que prévu
une traverse avec même, ce qui n'est pas courant, un panneau
indiquant Huld, premier village de ma traverse.
D'emblée, un mauvais passage avec d'énormes ornières oblige à une
reconnaissance pédestre. Ma monture s'en tire ma foi fort bien et de
suite, la tôle ondulée disparaît presque totalement. Le choix
semble parfait et le compas du GPS confirme sans cesse, au grès des
nombreuses ramifications de piste, la bonne direction. Restant toute
foi sur la défensive, mon pur sang progresse avec sagesse. Les
records de distance ne sont pas battus, lorsque l'horloge biologique
sonne le signal du déjeuner. Passé quelques Gers, le côté gauche
de la piste offre un emplacement d'une planéité parfaite.
Le café ne suffisant pas à estomper une soudaine envie de sieste,
je vais céder à la tentation lorsqu'un tout jeune cavalier s’arrête
à ma porte. Nos regards se croisent et en guise de discutions, le
bonhomme, toujours en selle, attrape difficilement le gâteau que je
lui tends depuis ma porte, sa monture étant quelque peu inquiète
d'avoir mon bras tendu au raz des naseaux.
Tout souriant, le gamin me désigne les deux Gers dépassées tout à
l'heure, distantes d'environ cinq-cents mètres. Puis, me saluant
d'un grand geste du bras, il s'éloigne dans leur direction.
Pour préparer quelques SMS sur un téléphone qui ne trouve aucun
signal, je suis déjà installé pour mettre à exécution mon projet
initial.
Ce sera de courte durée, puisque un reniflement chevalin dans
l’entrebâillement de la porte, me sort de la douceur d'une
première torpeur au combien agréable.
Il écoute quelque temps la musique en sourdine qui était destinée
à me jeter dans les bras de Morphée. La visite des lieux terminée,
les mains encombrées des deux jouets choisis dans ma caisse magique,
il ne sait comment, du haut de ses un mètre trente, remonter en
selle sur un cheval déjà trop haut pour lui. Je l'y aide et le
voici qui me fait de grands signes en direction de chez lui. Je crois
comprendre qu'il m'invite à le suivre, mais me garde bien d'une
telle initiative sans une bonne raison.
L'envie de sieste étant du coup terminé, mais peu pressé de
reprendre le volant, le blog se prépare pour la première connexion
à venir. Peu de choses seront écrites avant que le bruit d'une moto
s’arrêtant tout près me fasse mettre le nez à la porte. Mon
jeune cavalier est à nouveau là, mais cette fois accompagné de son
père en moto, transportant, assis devant lui sur le réservoir, le
petit frère.
Nul doute cette fois, l'invitation à me rendre avec le véhicule
jusqu'à la Ger familiale est faite en bon et du forme. Je ne me fais
pas prier une seconde et à peine le temps de ranger ma table, mon
canasson se gare auprès de la résidence de mes hôtes. Le thé
mongol, au lait et salé, est partagé durant les présentations. Les
occupants de la Ger voisine sont là, bien entendu.
Les deux enfants
âgés de neuf et cinq ans me dit on, trépignent d'impatience,
l’aîné tout fier de devoir faire découvrir au petit frère et
aux parents, ma Ger à moi !
Ceci étant fait, je suis invité à passer la nuit sur place et de
ne partir que le lendemain. Mon agenda heureusement inexistant ne me
trouvera aucune excuse pour refuser !
En soirée, après avoir dîné avec eux tous, le petit cavalier,
avec la dextérité que l'on connaît à tous ces enfants du monde
nomade mongol, ramène seul le grand troupeau de chèvres sur
plusieurs centaines de mètres. Les femmes les lient les une aux
autres pour la nuit, puis les chevaux boivent leur ration tirée de
la citerne alimentant la famille.
Toutes les tâches étant achevées,
les images vidéo tournées dans l'après-midi vont animer le petit
écran de télévision qui vient de retrouver du service, après que
je me sois permis de raccorder le câble sectionné, du panneau
solaire.
Lundi 5 août
Mais tout à une fin et c'est tout ému par les presque vingt-quatre heures que je viens de vivre auprès de cette famille, que, les yeux un peu humides, je rate la bifurcation de piste pourtant assez proche des Gers.
Après deux kilomètres, la trace devenant de moins en
moins perceptible et prenant une orientation ne me convenant pas, je
fais demi-tour pour enfin obéir au GPS pas du tout d’accord.
Revenant « sur mes roues », très vite je perçois venant
en sens inverse, une moto. Pilotée par mon hôte, elle transporte
également les deux enfants. Conscients de mon erreur, ils étaient
partis à ma poursuite pour me remettre dans le droit chemin.
Aux tous premiers kilomètres, la grande plaine d'hier vient buter
sur une petite chaîne de collines rocailleuses très colorées.
C'est superbe, même si de très nombreux franchissements de rivières
asséchées laissent penser qu'en cas de pluie la piste doit être
impraticable. Les descentes et remontées parfois très creusées
dans ces lits témoignent d'un niveau d'eau possible non négligeable.Aujourd'hui non plus, je n'irai pas bien loin. La présence d'un puits non asséché le long de la piste, justifiera un arrêt très prolongé, pour bénéficier jusqu'à demain, de tous les avantages d'une eau non rationnée. Même ma monture y a eu droit ! (N 45,40794 E 104,12931)
Mardi 6 août
Après quelques courses et le plein de gasoil, j'arrive un peu trop tard pour assister à l'attraction locale de l'instant, l'un de ces increvables petits fourgons 4x4 russes qui s'est mis dans une situation délicate en tentant la traversée du cours d'eau dont la couleur est déjà annonciatrice des orages qui doivent sévir en amont. Le temps de stopper et sortir le matériel photo, le vaillant véhicule, gris clair comme tous ses semblables, a été tiré d'affaire.
Le début de crue de l'Ongïyn gol, fait hésiter les candidats à la
traversée. Le village sera coupé en deux quelque temps.
La prochaine étape pour moi est Bayangol où il me faudra passer
sur l'autre rive. Ce village sur la carte est le carrefour de cinq
pistes, dont une de moyenne importance. Autrement dit, une autoroute
par rapport aux voies de circulation mineures que sont mes choix
actuels, je suis confiant.
Quelques centaines de mètres avant de buter sur les eaux noires
baignant l'entrée du village, deux énormes camions chargés de
matériaux de construction, font un délicat demi-tour, sur un
terrain aux nombreuses zones plus qu'humides : mauvais présage !
Près de l'eau, un cavalier et sa monture jouent le taxi pour les
occupants de véhicules situés sur la rive opposée. Par endroits,
le cheval a de l'eau jusqu'au poitrail et commence rapidement à
vouloir refuser de jouer les passeurs.
Un mini attroupement se former sur ma rive, chaque candidat au
voyage, venant juger de la situation alors que d'autres se mettent en
place pour un éventuel spectacle. Bien sûr avant l’ouverture du
rideau, en première partie il y a la visite du château où je
termine tranquillement de déjeuner prenant le temps de la réflexion.
Les propriétaires de petits camions, Russes bien sur, perchés sur
la rive d'en face, ont tombé le pantalon pour sonder divers
passages. Ils ont tout de même de l'eau à mi-cuisse et ma décision
étant prise, je leur pose la question de la présence d'un éventuel
pont. Il y en a un, à Arvayheer, cent kilomètres au Nord sur le
grand axe le plus Sud, venant de la capitale et traversant le pays
jusqu'à la frontière Ouest.
![]() |
| ...enfin sortie de l'auberge...lepont est sousmes pieds! |
Suivant à la lettre les gestes des sans-culottes, tout se passe à
merveille. C'était du beau pilotage !
Du coup, chacun, sur les deux rives y va de ses encouragements pour
que je tente l'aventure. Les petits camions d'en face et le 4x4 me
font signe qu'ils me tireront si nécessaire.
Je ne nierai pas que la tentation fut très forte ! Mais
décision était prise, je me détourne et chacun de me saluer à
grand renfort d'avertisseur.
Trois heures pour traverser ce qui est redevenu une immense steppe
plate et verte. La ville est maintenant visible, mais les éclairs
qui la surplombe ne laisse aucun doute sur la rincée que je vais y
prendre. Pour l'instant je suis épargné, mais le slalom commence
sur un terrain trempé heureusement majoritairement caillouteux. La
ville est là, de l'autre côté de la rivière, mais le pont n'est
manifestement pas à l'extrémité de cette piste qui plonge sous les
eaux d'une rivière devenu en colère.
Demi-tour pour tenter de
trouver une piste qui remonterait encore plus au nord le long de
l'Ongïyn gol. Je trouve mon bonheur là ou d'autres ont trouvé une
galère.
Deux camions tentent de se désembourber mutuellement. Après
le spectacle, un des chauffeurs me situe le pont tant espéré, à
l'aide du plan qu'il me trace sur le calepin qui ne quitte pas ma
poche. Un bon dessin vaut toujours mieux qu'un long discours, surtout
en mongol!
![]() |
| Le pont salvateur |
Nouveau slalom en marécage sur une trace heureusement en gravillons,
franchissement d'un très mauvais col pour passer deux collines d'une
centaine de mètres barrant la rive, et le fameux pont est enfin en
vue encore deux kilomètres plus loin. Arvayheer est maintenant à
portée de roue, mais cette fois, seize kilomètres plus au sud !!
Que n'ai-je traversé à Bayangol...
![]() |
| Arvayheer |













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