mardi 6 août 2013

3 au 5 août – Mongolie 6 - Vers le désert de Gobi

Samedi 3 août

Me voici donc engagé sur la route de Dalandzadgad, partant plein sud d'Oulaanbaatar. Cette ville plantée en plein désert de Gobi est en fait un très gros village.
Hier dans l'après midi les premiers soixantes kilomètres se sont révélés très madiocres. Mais ce matin à peine parti du bivouac, ma surprise est grande de retomber sur une excellente route qui finira malheureusement quelques 80 kilomètres plus loin. A partir le là, la piste est souvent très médiocre à franchement mauvaise surtout en raison des travaux d’extension de la route en construction. Le macadam fera sa réapparition avant Mandalgovi, mais n'ira guère plus loin.
La piste s'améliore toute fois, mais la tôle ondulée est omniprésente.
Nous sommes en plein dans le désert de Gobi, surprenant par l'herbe verte qui ne laisse pas même entrevoir le sol caillouteux et légèrement sablonneux. Notre référence d'image d'un désert étant pour la plupart d'entre nous les occidentaux celle des espaces de dunes et sable d’Afrique du nord, je reste un peu sur ma fin jusqu'en milieu d 'après midi.
Alors que prudemment, j'essaye d'éviter au mieux les secteurs de « vitro-massage », un vieux camion citerne russe me double à vive allure hors traces. Vite distancé, la présence de ce véhicule n'est plus qu'un nuage de poussière de moins en moins visible, dessinant dans le lointain le tracé à suivre. Au détour d'un virage coincé entre deux bosses, quelques vingt minutes plus tard, j’aperçois le camion perché, hors piste, sur une de ces nombreuses
proéminences caillouteuse. Une fois rapproché, le capot du moteur grand ouvert est nettement visible ainsi que deux personnes dont l'une, perchée sur le pare choc avant, est penchée sur le moteur. Les grands signes que m'adresse le deuxième personnage détourne mon valeureux petit Ford qui se met en devoir d'escalader la colline.
Pas de souci majeur, seulement laisser le temps au vieux moteur russe de se refroidir, car l'eau boue joyeusement. Ainsi je vais avoir le temps de recueillir quelques précieux renseignements sur l'état des pistes sur mon parcours des jours à venir. Mais les quiproquos dus à ma méconnaissance du Mongole me font comprendre des choses contradictoires. Je ne suis donc pas beaucoup plus avancé et devrai juger par moi même le moment venu. La seule chose dont je suis sur, c'est que les cents kilomètres avant Dalandzadgad m'ont été présenté comme mauvais.
A la redescente d'un mini-petit col, dans un secteur joliment accidenté de dunes moins arrondies que d'habitude et très enchevêtrées, le décors change assez radicalement. L'herbe plus courte et très éparse maintenant, laisse transparaître les couleurs rougeâtres de certains reliefs et leur nature caillouteuse. Le Gobi, désert, commence donc à se dévoiler. Au sommet des dernières collines visibles vers le sud, l'arrêt est choisi surplombant une immense plaine dont la légère poussière de sable en suspension, présent toute l'après midi, ne laisse pas percevoir la fin. 
Ce sera le menu de demain.

Dimanche 4 août

Tout compte fait, la descente jusqu'à Dalandzadgad, tout de même encore distante de presque 300 kilomètres, me fait hésiter. Si la traverser vers le Nord Ouest s'avère impraticable, il faudra remonter jusqu'à mon point actuel, dernière traversée possible d'après ma carte, pour rejoindre le grand axe Sud, Ulaanbatar / Arvayheer / Bayanhongor / Altay / Hovd que je compte bien tenter d'éviter au maximum par une piste qui lui est parallèle, plus au sud d'une centaine de kilomètres.

Donc pour ne pas risquer de perdre quatre jours à un essai infructueux, étant à environ 85 kilomètres au sud de Mandalgovi, je file tout de suite vers Arvayheer. Une petite piste comme je les aime maintenant, prend naissance à une trentaine de kilomètres plus au sud.

La chance me sourit, puisque se présente bien plus tôt que prévu une traverse avec même, ce qui n'est pas courant, un panneau indiquant Huld, premier village de ma traverse.
D'emblée, un mauvais passage avec d'énormes ornières oblige à une reconnaissance pédestre. Ma monture s'en tire ma foi fort bien et de suite, la tôle ondulée disparaît presque totalement. Le choix semble parfait et le compas du GPS confirme sans cesse, au grès des nombreuses ramifications de piste, la bonne direction. Restant toute foi sur la défensive, mon pur sang progresse avec sagesse. Les records de distance ne sont pas battus, lorsque l'horloge biologique sonne le signal du déjeuner. Passé quelques Gers, le côté gauche de la piste offre un emplacement d'une planéité parfaite.
Le café ne suffisant pas à estomper une soudaine envie de sieste, je vais céder à la tentation lorsqu'un tout jeune cavalier s’arrête à ma porte. Nos regards se croisent et en guise de discutions, le bonhomme, toujours en selle, attrape difficilement le gâteau que je lui tends depuis ma porte, sa monture étant quelque peu inquiète d'avoir mon bras tendu au raz des naseaux.
Tout souriant, le gamin me désigne les deux Gers dépassées tout à l'heure, distantes d'environ cinq-cents mètres. Puis, me saluant d'un grand geste du bras, il s'éloigne dans leur direction.
Pour préparer quelques SMS sur un téléphone qui ne trouve aucun signal, je suis déjà installé pour mettre à exécution mon projet initial.
Ce sera de courte durée, puisque un reniflement chevalin dans l’entrebâillement de la porte, me sort de la douceur d'une première torpeur au combien agréable.
 Le gamin de tout à l'heure et sa monture sont de retour. De toute évidence, il a envie de faire plus ample connaissance avec cette drôle de cabane sur roue et éventuellement son propriétaire. Invité à entrer, l'enfant saute au sol, attache sa monture à la poignée de sécurité de la cellule et tout souriant, gravi les deux marches. Pour faire passer le gâteau de tout à l'heure, il accepte le jus d'orange proposé, avant de s'empresser d'en réclamer un autre !


Il écoute quelque temps la musique en sourdine qui était destinée à me jeter dans les bras de Morphée. La visite des lieux terminée, les mains encombrées des deux jouets choisis dans ma caisse magique, il ne sait comment, du haut de ses un mètre trente, remonter en selle sur un cheval déjà trop haut pour lui. Je l'y aide et le voici qui me fait de grands signes en direction de chez lui. Je crois comprendre qu'il m'invite à le suivre, mais me garde bien d'une telle initiative sans une bonne raison.
L'envie de sieste étant du coup terminé, mais peu pressé de reprendre le volant, le blog se prépare pour la première connexion à venir. Peu de choses seront écrites avant que le bruit d'une moto s’arrêtant tout près me fasse mettre le nez à la porte. Mon jeune cavalier est à nouveau là, mais cette fois accompagné de son père en moto, transportant, assis devant lui sur le réservoir, le petit frère.

Nul doute cette fois, l'invitation à me rendre avec le véhicule jusqu'à la Ger familiale est faite en bon et du forme. Je ne me fais pas prier une seconde et à peine le temps de ranger ma table, mon canasson se gare auprès de la résidence de mes hôtes. Le thé mongol, au lait et salé, est partagé durant les présentations. Les occupants de la Ger voisine sont là, bien entendu. 

Les deux enfants âgés de neuf et cinq ans me dit on, trépignent d'impatience, l’aîné tout fier de devoir faire découvrir au petit frère et aux parents, ma Ger à moi !
Ceci étant fait, je suis invité à passer la nuit sur place et de ne partir que le lendemain. Mon agenda heureusement inexistant ne me trouvera aucune excuse pour refuser !
En soirée, après avoir dîné avec eux tous, le petit cavalier, avec la dextérité que l'on connaît à tous ces enfants du monde nomade mongol, ramène seul le grand troupeau de chèvres sur plusieurs centaines de mètres. Les femmes les lient les une aux autres pour la nuit, puis les chevaux boivent leur ration tirée de la citerne alimentant la famille. 
Toutes les tâches étant achevées, les images vidéo tournées dans l'après-midi vont animer le petit écran de télévision qui vient de retrouver du service, après que je me sois permis de raccorder le câble sectionné, du panneau solaire.


Lundi 5 août
Le départ va-t-être difficile ce matin. Quitter cette famille qui ne me lâche plus depuis hier début d'après-midi, est devenu indispensable pour ne pas risquer de rater mon rendez-vous du 27 avec les douaniers mongols et russes.

Les enfants sont toujours couchés lorsque je suis invité à déjeuner par la maîtresse de maison. Ma présence étant le signal d'ouverture de la cabane, l'aîné se lève sans tarder, pour ne pas rater la plus petite minute de cette ouverture qui sera limitée dans le temps ce matin !
Bien sûr, je ne hâte pas mon départ d'autant que les séances dessin et photos ont repris sans que je m'y oppose!

Mais tout à une fin et c'est tout ému par les presque vingt-quatre heures que je viens de vivre auprès de cette famille, que, les yeux un peu humides, je rate la bifurcation de piste pourtant assez proche des Gers. 
Après deux kilomètres, la trace devenant de moins en moins perceptible et prenant une orientation ne me convenant pas, je fais demi-tour pour enfin obéir au GPS pas du tout d’accord. Revenant « sur mes roues », très vite je perçois venant en sens inverse, une moto. Pilotée par mon hôte, elle transporte également les deux enfants. Conscients de mon erreur, ils étaient partis à ma poursuite pour me remettre dans le droit chemin.
Aux tous premiers kilomètres, la grande plaine d'hier vient buter sur une petite chaîne de collines rocailleuses très colorées. C'est superbe, même si de très nombreux franchissements de rivières asséchées laissent penser qu'en cas de pluie la piste doit être impraticable. Les descentes et remontées parfois très creusées dans ces lits témoignent d'un niveau d'eau possible non négligeable.





Aujourd'hui non plus, je n'irai pas bien loin. La présence d'un puits non asséché le long de la piste, justifiera un arrêt très prolongé, pour bénéficier jusqu'à demain, de tous les avantages d'une eau non rationnée. Même ma monture y a eu droit ! (N 45,40794 E 104,12931)


Mardi 6 août



Plus qu'une petite heure de route pour atteindre Sayhan-Ovoo, joli petit village qui a la chance d'être baigné par la rivière Ongïyn gol.


 Après quelques courses et le plein de gasoil, j'arrive un peu trop tard pour assister à l'attraction locale de l'instant, l'un de ces increvables petits fourgons 4x4 russes qui s'est mis dans une situation délicate en tentant la traversée du cours d'eau dont la couleur est déjà annonciatrice des orages qui doivent sévir en amont. Le temps de stopper et sortir le matériel photo, le vaillant véhicule, gris clair comme tous ses semblables, a été tiré d'affaire.
Le début de crue de l'Ongïyn gol, fait hésiter les candidats à la traversée. Le village sera coupé en deux quelque temps.
La prochaine étape pour moi est Bayangol où il me faudra passer sur l'autre rive. Ce village sur la carte est le carrefour de cinq pistes, dont une de moyenne importance. Autrement dit, une autoroute par rapport aux voies de circulation mineures que sont mes choix actuels, je suis confiant.
Quelques centaines de mètres avant de buter sur les eaux noires baignant l'entrée du village, deux énormes camions chargés de matériaux de construction, font un délicat demi-tour, sur un terrain aux nombreuses zones plus qu'humides : mauvais présage !
Près de l'eau, un cavalier et sa monture jouent le taxi pour les occupants de véhicules situés sur la rive opposée. Par endroits, le cheval a de l'eau jusqu'au poitrail et commence rapidement à vouloir refuser de jouer les passeurs.

Un mini attroupement se former sur ma rive, chaque candidat au voyage, venant juger de la situation alors que d'autres se mettent en place pour un éventuel spectacle. Bien sûr avant l’ouverture du rideau, en première partie il y a la visite du château où je termine tranquillement de déjeuner prenant le temps de la réflexion.
Les propriétaires de petits camions, Russes bien sur, perchés sur la rive d'en face, ont tombé le pantalon pour sonder divers passages. Ils ont tout de même de l'eau à mi-cuisse et ma décision étant prise, je leur pose la question de la présence d'un éventuel pont. Il y en a un, à Arvayheer, cent kilomètres au Nord sur le grand axe le plus Sud, venant de la capitale et traversant le pays jusqu'à la frontière Ouest.
...enfin sortie de l'auberge...lepont est sousmes pieds!
Entre temps, un gros 4x4 Range-Roover, chargé d'une famille nombreuse, est arrivé à nos côtés. Le chauffeur prend le temps d'observer une dernière fois le passage des sondeurs retournant à leur véhicule, fait embarquer la famille et se lance sans l'ombre d'une apparente hésitation. Il est vrai que chez eux, cette situation n'est pas exceptionnelle, car ce qui l'est, ce sont les ponts.
Suivant à la lettre les gestes des sans-culottes, tout se passe à merveille. C'était du beau pilotage !
Du coup, chacun, sur les deux rives y va de ses encouragements pour que je tente l'aventure. Les petits camions d'en face et le 4x4 me font signe qu'ils me tireront si nécessaire.
Je ne nierai pas que la tentation fut très forte ! Mais décision était prise, je me détourne et chacun de me saluer à grand renfort d'avertisseur.
Trois heures pour traverser ce qui est redevenu une immense steppe plate et verte. La ville est maintenant visible, mais les éclairs qui la surplombe ne laisse aucun doute sur la rincée que je vais y prendre. Pour l'instant je suis épargné, mais le slalom commence sur un terrain trempé heureusement majoritairement caillouteux. La ville est là, de l'autre côté de la rivière, mais le pont n'est manifestement pas à l'extrémité de cette piste qui plonge sous les eaux d'une rivière devenu en colère. 
Demi-tour pour tenter de trouver une piste qui remonterait encore plus au nord le long de l'Ongïyn gol. Je trouve mon bonheur là ou d'autres ont trouvé une galère. 
Deux camions tentent de se désembourber mutuellement. Après le spectacle, un des chauffeurs me situe le pont tant espéré, à l'aide du plan qu'il me trace sur le calepin qui ne quitte pas ma poche. Un bon dessin vaut toujours mieux qu'un long discours, surtout en mongol!
Le pont salvateur
Nouveau slalom en marécage sur une trace heureusement en gravillons, franchissement d'un très mauvais col pour passer deux collines d'une centaine de mètres barrant la rive, et le fameux pont est enfin en vue encore deux kilomètres plus loin. Arvayheer est maintenant à portée de roue, mais cette fois, seize kilomètres plus au sud !!


Que n'ai-je traversé à Bayangol...


Arvayheer

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