Jeudi 15 août
Trois jours de suite sans dépasser les 50 km jour. C'est une bonne moyenne de retraité ! Et pourtant si l'on en juge par la journée écoulée, les vieux ne chôment pas tant que ça !
Ce matin la décision de sortir de cette partie sud du désert de Gobi était prise. Hier au soir déjà, un de mes voisins est venu voir à quoi ressemblaient l'étranger et sa drôle de Ger. Il est biologiste, en poste à , ou les espèces protégées sont nombreuses. Toute fois aucun des fameux ours résidant dans la région n'a daigné nous rendre visite et je n'en suis pas trop mécontent. Sa description de la piste d'Altaï, située à l'ouest, et qui était mon projet, est vraiment mauvaise. Celle pour remonter sur Tsogt à soixante kilomètres au Nord ne parait pas meilleure !
Me voici donc avec le choix entre deux mauvaises pistes ! Sur la piste d'Altaï, je crains d'y être vraiment très isolé et d'y rencontrer peut-être, du sable. Sur la piste de Tsogt, je suis sûr d'une chose, une gorge va devoir être remontée pour atteindre le village planté aux environs des 2300mètres d'altitude, en pleine montagne.
C'est cette seconde option qui ce matin à mes faveurs, d'autant que la météo n'est pas encore revenu au meilleur de sa forme. Itinéraire court pour atteindre la ville d'Altaï à deux cents kilomètres au nord, c'est aussi le passage obligé donc d'autres téméraires risquent d'y être croisés. En cas de soucis il y a quelque chance de ne pas y rester seul une éternité.
Presque quatre heures pour atteindre le pied de la montagne, trente kilomètres plus loin et donc des fameuses gorges où je ne sais pas trop ce qui s'y trame!
L'immense plaine au nord de Bayantooroy est en fait un gigantesque pierrier strié de très nombreuses petites dépressions drainant les eaux de pluie. Heureusement, cette province de Mongolie est l'une des moins arrosées par les précipitations annuelles. « Canasson » n'a donc pas eu, en plus d'autres maltraitances, à se mouiller les pneus. À plusieurs reprises, le porte à faux de la cellule a obligé le cantonnier de service, en fait, moi-même à jouer les carreleurs. Les pierres ne manquant pas, ce ne fut pas un gros souci, personne ne m'attendant pour la fête à l'arrivée. Avant tout, il n'était surtout pas question de renouveler la mésaventure d'Azerbaïdjan !
Heureusement, prenant, peu à peu, de la hauteur, la vue sur cette gigantesque plaine du Gobi que je quitte est superbe. La montagne « Mère sacrée » qui barre l'ouest de Bayantooroy, jetant vers le ciel ses deux sommets pointus, est là, plantée seule au beau milieu d'un désert ocre, rigoureusement plat. Seuls y sont semés une multitude d’îlots montagneux paraissant minuscules. Dans le lointain, à peine visibles, les plus hauts sommets de L'Altaï lui barrent le passage. La montagne sacrée
Une pause déjeuner est décrétée non loin de l'entrée des gorges. Il faudra sans doute y être patient, prudent et en forme physiquement, car je pressens qu'il faudra faire à nouveau appel au « cantonnier » à plusieurs occasions. À voir l’enchevêtrement de falaises, au bout de la piste encore visible, rien ne laisse penser qu'un véhicule puisse s'y frayer un chemin. Et pourtant, le passage existe, donc, il est faisable. Reste à savoir si ce sera dans les cordes de « Canasson ».
L’entrée des gorges Pour se donner du temps, la sieste a été réduite à néant. En gros une dizaine de kilomètres à parcourir dans ce canyon, autant aller voir de suite ce qui s'y passe.
Il fallait s'y attendre, c'est le lit à sec du torrent qui est utilisé. Pour y prendre pied, il faut déjà faire appel aux ponts et chaussées. M'étant moralement préparé à y passer le temps qu'il faudra, y compris y bivouaquer, tout se fait dans le calme et la bonne humeur. La première courte sera enclenchée sur la presque totalité du parcours et Canasson m'y surprend par sa relative aisance dans des passages scabreux, repérés à pied pour réussir une trajectoire parfois au caillou prêt!
Après deux heures sans le moindre incident, à progresser au pas, par le seul effet du régulateur, plus lentement qu'un promeneur ne l'aurait fait, une moto apparaît au détour d'une falaise. La femme et son garçonnet de huit à dix ans y ont pris place en arrière du mari qui joue les virtuoses au milieu de blocs de pierre instables, sur une pente importante. Suit un vieux 4x4 style jeep, chargé à en déborder, de tout le matériel nécessaire à une famille de nomade en déplacement. Les grands-parents en sont les occupants. Heureux des deux côtés de l'occasion fournie à une poste méritée, je ne savais pas encore qu'ils étaient engagés sur le parcours depuis peu de temps. Quand sont-ils arrivés à destination ? Je n'ose les imaginer roulants à la lueur des phares même dans la plaine de Bayantooroy.
Me voici donc avec le choix entre deux mauvaises pistes ! Sur la piste d'Altaï, je crains d'y être vraiment très isolé et d'y rencontrer peut-être, du sable. Sur la piste de Tsogt, je suis sûr d'une chose, une gorge va devoir être remontée pour atteindre le village planté aux environs des 2300mètres d'altitude, en pleine montagne.
C'est cette seconde option qui ce matin à mes faveurs, d'autant que la météo n'est pas encore revenu au meilleur de sa forme. Itinéraire court pour atteindre la ville d'Altaï à deux cents kilomètres au nord, c'est aussi le passage obligé donc d'autres téméraires risquent d'y être croisés. En cas de soucis il y a quelque chance de ne pas y rester seul une éternité.
Presque quatre heures pour atteindre le pied de la montagne, trente kilomètres plus loin et donc des fameuses gorges où je ne sais pas trop ce qui s'y trame!
L’entrée des gorges Pour se donner du temps, la sieste a été réduite à néant. En gros une dizaine de kilomètres à parcourir dans ce canyon, autant aller voir de suite ce qui s'y passe.
Il fallait s'y attendre, c'est le lit à sec du torrent qui est utilisé. Pour y prendre pied, il faut déjà faire appel aux ponts et chaussées. M'étant moralement préparé à y passer le temps qu'il faudra, y compris y bivouaquer, tout se fait dans le calme et la bonne humeur. La première courte sera enclenchée sur la presque totalité du parcours et Canasson m'y surprend par sa relative aisance dans des passages scabreux, repérés à pied pour réussir une trajectoire parfois au caillou prêt!
visible à six kilomètres environ.
Un énorme Ovoo y est implanté, permettant ainsi au yageur de remercier les forces naturelles du bon déroulement du voyage.
Je suis tout de même rassuré d'apprendre par une jeune, parlant anglais, qu'ils ne se lancent pas dans le canyon à une heure pareille et avec des véhicules ordinaires, mais sont simplement venus voir la montagne sacrée dont les deux sommets pointent encore entre deux des falaises de la gorge en contre bas.
Sa récompense fut un bon lavage, car depuis ses frasques dans les marais, sa présentation laissait à désirer.
Vendredi 16 août
Remettre en état la maison, la cabine, le bonhomme et tout...et tout...et tout..., ça laisse s'égrainer les heures. Le village Tsogt n'est plus qu'à 6 kilomètres, dès fois qu'il s'y trouve un bouiboui, inutile d'arriver trop tôt.
Le village est désert ou presque et la pompiste de la station-service n'est pas particulièrement aimable lorsque je lui demande ou se trouve la baraque de distribution d'eau. En fait, toutes les agglomérations où presque, possèdent ce type d'installation, qui, je pense, protège le puy commun.
Ne trouvant pas de préposé à la distribution et deux jeunes semblant me répondre qu'il n'y a pas d'eau, je décide de passer mon chemin. Le déjeuner se fera à la maison.
Plutôt que de rejoindre Biger puis Altay directement, la réserve naturelle “Burhan Buuday uul” qui abrite un sommet assez élevé, est tentante. Donc, ce sera cap à l'ouest pour rejoindre de toute façon Altay mais par Tseel et Halium. Ainsi, la route initialement prévue si la traversée du Gobi sud s'était poursuivie, est récupérée.
À peine le temps de me préparer à faire un petit tour sur l'une de ces tours rouges, dressées sur la crête voisine, qu'une moto s'approche et stoppe à ma porte. Je suis un peu pressé, car le soleil, dans peu, arrêtera d'éclairer ce décor magnifique.
Ne voulant surtout pas engager l'équipe dans une escalade délicate, l'objectif est adapté en fonction de débutants supposés !
Samedi 17 août
Je ne m'attendais vraiment pas à ça. L'arrivée à Tseel, planté au beau milieu d'un cahot de blocs granitiques, au milieu desquels serpentent des multitudes de pistes toutes plus encombrées les unes que les autres par d'énormes pierres profondément enchâssées, a failli ne pas avoir lieu. De longues minutes je me suis cru un conquérant cherchant en vain à prendre d'assaut une citadelle. Par deux fois, non sans mal, j'ai fait le tour de ce village. Lorsque tout à coup après deux passages scabreux repérés à pieds au préalable j'ai atteint ce que je croyais être le centre de l'agglomération, j'ai compris ma méprise et me suis senti quelque peu piégé. Heureusement, un motard et son fils sortaient de la plus proche maison. Comprenant mon désarroi, ils m'ont gentiment guidé jusqu’à la sortie des habitations. Mon plein d'eau attendra de meilleurs hospices !
Au schéma, tracé sur le sol de la piste, pour expliquer mon parcours à venir, je n'ai rien compris sinon que ça risquait d'être bien difficile.
Dimanche 18 août
Le décor est plutôt agréable et la piste un peu moins scabreuse. Je commence à me réconcilier avec cet endroit. Maintenant un petit ruisseau aux eaux bien claires agrémente le tableau et permet à mon fidèle compagnon de se laver et rafraîchir les pattes.
Petit à petit, même si sous les roues pas grand-chose ne change fondamentalement, le fond du vallon s'élargit, laissant quelques espaces en prairies, au confluent d'autres petits vallons latéraux. Sur l'un d'eux, la salle à manger est trouvée.
Donc, celui-là, en face, qui me nargue depuis une heure avec ses multiples arêtes rocheuses et son beau sommet pointu, j'ai décidé d'en faire mon dessert. Après préparation des bâtons, enfilage de bonnes chaussures et mise de deux à trois bricoles dans le sac à dos, c'est parti pour lui rendre visite.
Comme ma carte russe se finissait précisément quelques kilomètres avant ce joli petit sommet, je n'est aucun renseignement à son sujet. Un petit coup de jumelles pour décider du parcours et j'abandonne Canasson dans son champ à 2230mètre d'altitude. Quelle est celle de mon objet de convoitise, peut être cinq où six cents mètres de plus, mais depuis que la Mongolie a semé le trouble dans mes estimations de distances, je me méfie.
Le pied de l'arête convoitée est sous mes semelles en dix minutes à peine alors que, prudent, je m’efforçais de l'estimer à un ou deux kilomètres de la voiture. Puis les repères rocheux pris à la jumelle sur le parcours arrivent bien plus vite que prévu ! Le temps de quelques photos et voici le sommet à portée de main en tout juste une demi-heure. Le vieux guide ne sait plus du tout où il en est avec la notion de temps. Mais dans ce sens-là, c'est assez rassurant, vu que je ne me voyais pas en haut avant deux petites heures. Altimètre : 2450 mètres. Seulement ça ! Mais c'est le plus haut de tous ses voisins et en plus il était élégant.
Canasson n'a pas eu le temps de s'ennuyer en une heure et nous repartons de suite pour Altay. Le massif montagneux du même nom, s'étire très loin vers l'Est en de nombreux petits massifs comme les tentacules d'une énorme pieuvre. Tous ces bras de la bête, divisent le désert de Gobi en de multiples plaines, parallèles les unes aux autres, du sud au Nord et donc aux caractéristiques très différentes.
| La sortie du vallon |
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