lundi 19 août 2013

15 au 18 août – Mongolie 9 – Le désert de Gobi

 
Jeudi 15 août

Trois jours de suite sans dépasser les 50 km jour. C'est une bonne moyenne de retraité ! Et pourtant si l'on en juge par la journée écoulée, les vieux ne chôment pas tant que ça !
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 Bayantooroy s’éloigne peu à peu… 
Ce matin la décision de sortir de cette partie sud du désert de Gobi était prise. Hier au soir déjà, un de mes voisins est venu voir à quoi ressemblaient l'étranger et sa drôle de Ger. Il est biologiste, en poste à , ou les espèces protégées sont nombreuses. Toute fois aucun des fameux ours résidant dans la région n'a daigné nous rendre visite et je n'en suis pas trop mécontent. Sa description de la piste d'Altaï, située à l'ouest, et qui était mon projet, est vraiment  mauvaise. Celle pour remonter sur Tsogt à soixante kilomètres au Nord ne parait pas meilleure !
Me voici donc avec le choix entre deux mauvaises pistes  ! Sur la piste d'Altaï, je crains d'y être vraiment très isolé et d'y rencontrer peut-être, du sable. Sur la piste de Tsogt, je suis sûr d'une chose, une gorge va devoir être remontée pour atteindre le village planté aux environs des 2300mètres d'altitude, en pleine montagne.
C'est cette seconde option qui ce matin à mes faveurs, d'autant que la météo n'est pas encore revenu au meilleur de sa forme. Itinéraire court pour atteindre la ville d'Altaï à deux cents kilomètres au nord, c'est aussi le passage obligé donc d'autres téméraires risquent d'y être croisés. En cas de soucis il y a quelque chance de ne pas y rester seul une éternité.
Presque quatre heures pour atteindre le pied de la montagne, trente kilomètres plus loin et donc des fameuses gorges où je ne sais pas trop ce qui s'y trame!
IMG_0728L'immense plaine au nord de Bayantooroy est en fait un gigantesque pierrier strié de très nombreuses petites dépressions drainant les eaux de pluie. Heureusement, cette province de Mongolie est l'une des moins arrosées par les précipitations annuelles. « Canasson » n'a donc pas eu, en plus d'autres maltraitances, à se mouiller les pneus.  À plusieurs reprises, le porte à faux de la cellule a obligé le cantonnier de service, en fait, moi-même à jouer les carreleurs. Les pierres ne manquant pas, ce ne fut pas un gros souci, personne ne m'attendant pour la fête à l'arrivée. Avant tout, il n'était surtout pas question de renouveler la mésaventure d'Azerbaïdjan !
IMG_0737 Heureusement, prenant, peu à peu, de la hauteur, la vue sur cette gigantesque plaine du Gobi que je quitte est superbe. La montagne « Mère sacrée » qui barre l'ouest de Bayantooroy, jetant vers le ciel ses deux sommets pointus, est là, plantée seule au beau milieu d'un désert ocre, rigoureusement plat. Seuls y sont semés une multitude d’îlots montagneux paraissant minuscules. Dans le lointain, à peine visibles, les plus hauts sommets de L'Altaï lui barrent le passage.                   La montagne sacrée
IMG_0739 Une pause déjeuner est décrétée non loin de l'entrée des gorges. Il faudra sans doute y être patient, prudent et en forme physiquement, car je pressens qu'il faudra faire à nouveau appel au « cantonnier » à plusieurs occasions. À voir l’enchevêtrement de falaises, au bout de la piste encore visible, rien ne laisse penser qu'un véhicule puisse s'y frayer un chemin. Et pourtant, le passage existe, donc, il est faisable. Reste à savoir si ce sera dans les cordes de « Canasson ».
                   L’entrée des gorges                              Pour se donner du temps, la sieste a été réduite à néant. En gros une dizaine de kilomètres à parcourir dans ce canyon, autant aller voir de suite ce qui s'y passe.
Il fallait s'y attendre, c'est le lit à sec du torrent qui est utilisé. Pour y prendre pied, il faut déjà faire appel aux ponts et chaussées. M'étant moralement préparé à y passer le temps qu'il faudra, y compris y bivouaquer, tout se fait dans le calme et la bonne humeur. La première courte sera enclenchée sur la presque totalité du parcours et Canasson m'y surprend par sa relative aisance dans des passages scabreux, repérés à pied pour réussir une trajectoire parfois au caillou prêt! 
IMG_0740 IMG_0741 IMG_0742 IMG_0743 Après deux heures sans le moindre incident, à progresser au pas, par le seul effet du régulateur, plus lentement qu'un promeneur ne l'aurait fait, une moto apparaît au détour d'une falaise. La femme et son garçonnet de huit à dix ans y ont pris place en arrière du mari qui joue les virtuoses au milieu de blocs de pierre instables, sur une pente importante. Suit un vieux 4x4 style jeep, chargé à en déborder, de tout le matériel nécessaire à une famille de nomade en déplacement. Les grands-parents en sont les occupants. Heureux des deux côtés de l'occasion fournie à une poste méritée, je ne savais pas encore qu'ils étaient engagés sur le parcours depuis peu de temps. Quand sont-ils arrivés à destination ? Je n'ose les imaginer roulants à la lueur des phares même dans la plaine de Bayantooroy.
IMG_0744  En tout cas, pour nous, Canasson et votre serviteur, reste à négocier deux fortes épingles creusées entre de hautes falaises. Et puis, d'un coup, un vallon un peu moins raide et large, couvert de quelques herbes, délimité par des roches maintenant ridiculement basses qui laissent pénétrer le soleil à pleins rayons. C'est à tout coup, le présage d'une sortie assez proche. Rien n'est fini pour autant et le sentiment de réussite ne doit pas faire se relâcher l'attention. Elle sera plus que nécessaire jusqu'à l'arrivée au col dominant Tsogt,
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visible à six kilomètres environ.
Un énorme Ovoo y est implanté, permettant ainsi au yageur de remercier les forces naturelles du bon déroulement du voyage.
 IMG_0752Tout juste arrêté en ce lieu, trois véhicules vont faire leur apparition coup sur coup et s'y arrêter à leur tour. Certains des occupants ne manquent pas de faire le tour de ces pierres en y jetant aussi la leur, ramassée sur place. Après quoi, les pastèques sortent des coffres et sont offertes à qui veut.
Je suis tout de même rassuré d'apprendre par une jeune, parlant anglais, qu'ils ne se lancent pas dans le canyon à une heure pareille et avec des véhicules ordinaires, mais sont simplement venus voir la montagne sacrée dont les deux sommets pointent encore entre deux des falaises de la gorge en contre bas.
IMG_0758 La redescente du col a encore requis toute l'attention du chauffeur et les qualités de Canasson, qui trouvant au bas de la pente une prairie au bord de l'eau, à son goût, à préféré s'en tenir là pour la journée.
Sa récompense fut un bon lavage, car depuis ses frasques dans les marais, sa présentation laissait à désirer.



Vendredi 16 août

Remettre en état la maison, la cabine, le bonhomme et tout...et tout...et tout..., ça laisse s'égrainer les heures. Le village Tsogt n'est plus qu'à 6 kilomètres, dès fois qu'il s'y trouve un bouiboui, inutile d'arriver trop tôt.
Le village est désert ou presque et la pompiste de la station-service n'est pas particulièrement aimable lorsque je lui demande ou se trouve la baraque de distribution d'eau. En fait, toutes les agglomérations où presque, possèdent ce type d'installation, qui, je pense, protège le puy commun.
Ne trouvant pas de préposé à la distribution et deux jeunes semblant me répondre qu'il n'y a pas d'eau, je décide de passer mon chemin. Le déjeuner se fera à la maison.
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Plutôt que de rejoindre Biger puis Altay directement, la réserve naturelle “Burhan Buuday uul” qui abrite un sommet assez élevé, est tentante. Donc, ce sera cap à l'ouest pour rejoindre de toute façon Altay mais par Tseel et Halium. Ainsi, la route initialement prévue si la traversée du Gobi sud s'était poursuivie, est récupérée.
  IMG_0767 La piste, très jolie , à mi-chemin du parcours menant au premier village, passe à un col semé de petites tours granitiques. Comme il est temps de s'addoner au repos de fin de journée, après deux groupes de Gers, la mienne est installée.
À peine le temps de me préparer à faire un petit tour sur l'une de ces tours rouges, dressées sur la crête voisine, qu'une moto s'approche et stoppe à ma porte. Je suis un peu pressé, car le soleil, dans peu, arrêtera d'éclairer ce décor magnifique.
 IMG_0787 IMG_0784C'est ainsi que j'ai eu de la compagnie pour ma petite ascension. Étant invité à déplacer mon véhicule à côté de la Ger du motard, j'ai bien sûr accepté, mais en expliquant qu'auparavant, je faisais un aller et retour sur la montagne. Ma surprise a été grande de voir mon hôte m'accompagner. À mi-parcours un jeune berger descendant notre pente fait demi-tour et se joint à nous. C'est le fils de mon accompagnateur.
  Ne voulant surtout pas engager l'équipe dans une escalade délicate, l'objectif est adapté en fonction de débutants supposés !
IMG_0696 IMG_0790IMG_0693 IMG_0789 Un petit kilomètre pour déplacer mon étalon avec à mes côtés le gamin tout heureux de pouvoir quitter la selle de la moto paternelle et nous nous retrouvons à dîner ensembles, sous une Ger extrêmement bien tenue et coquette.  Un bébé d'un an est demi est la petite sœur du jeune berger. Bien entendu, au préalable, la visite des voisins s'est effectuée, comme d'habitude, et la vodka sortie du coffre n'a été refusée par personne!

Samedi 17 août

Je ne m'attendais vraiment pas à ça. L'arrivée à Tseel, planté au beau milieu d'un cahot de blocs granitiques, au milieu desquels serpentent des multitudes de pistes toutes plus encombrées les unes que les autres par d'énormes pierres profondément enchâssées, a failli ne pas avoir lieu. De longues minutes je me suis cru un conquérant cherchant en vain à prendre d'assaut une citadelle. Par deux fois, non sans mal, j'ai fait le tour de ce village. Lorsque tout à coup après deux passages scabreux repérés à pieds au préalable j'ai atteint ce que je croyais être le centre de l'agglomération, j'ai compris ma méprise et me suis senti quelque peu piégé. Heureusement, un motard et son fils sortaient de la plus proche maison. Comprenant mon désarroi, ils m'ont gentiment guidé jusqu’à la sortie des habitations. Mon plein d'eau attendra de meilleurs hospices !
Au schéma, tracé sur le sol de la piste, pour expliquer mon parcours à venir, je n'ai rien compris sinon que ça risquait d'être bien difficile.
 IMG_0698 Effectivement je n'ai pas été déçu et j'en ai même oublié de faire des photos. Quatre heures pour n'arriver qu'à mi-parcours du trajet devant mener à Haliun et je ne suis pas encore sortie de ce vallon étroit, mais heureusement horizontal, qui emprunte majoritairement le lit du torrent!




Dimanche 18 août


IMG_0791  Mon bivouac dans ce vallon fut finalement excellent. Les voisins étaient suffisamment éloignés pour ne pas me déranger avec une sono éventuelle ! Toute fois, hier au soir à deux reprises, les enfants des Gers du dessus, sont descendu me rendre visite avec insistance. Mais je me suis forcé à ne pas être trop bavard ou gentil, car, fatigué par la journée passée qui m'avait paru longue et peu intéressante, je tenais à me coucher de bonne heure et rester tranquille.
IMG_0793        Après avoir promis à Canasson de le ménager et de lui laisser le temps qu'il faudra, il accepte d'entamer la suite des réjouissances qui, d'après la carte, doivent encore durer une quinzaine de kilomètres...
Le décor est plutôt agréable et la piste un peu moins scabreuse. Je commence à me réconcilier avec cet endroit. Maintenant un petit ruisseau aux eaux bien claires agrémente le tableau et permet à mon fidèle compagnon de se laver et rafraîchir les pattes.
IMG_0797 IMG_0799              Les montagnes surplombant ces gorges, sont formées de roches très colorées par endroits, allant du noir au violet en passant par des blancs et jaunes. Étonnant !
Petit à petit, même si sous les roues pas grand-chose ne change fondamentalement, le fond du vallon s'élargit, laissant quelques espaces en prairies, au confluent d'autres petits vallons latéraux. Sur l'un d'eux, la salle à manger est trouvée. IMG_0807 Après une grosse assiette de riz, revenu aux petits oignons et aromatisé par une grosse saucisse mongole qui y a cuit, j'avais faim, le café me laisse le temps d'admirer le décor et de constater que le ciel voilé n'est toute foi pas menaçant.
Donc, celui-là, en face, qui me nargue depuis une heure avec ses multiples arêtes rocheuses et son beau sommet pointu, j'ai décidé d'en faire mon dessert. Après préparation des bâtons, enfilage de bonnes chaussures et mise de deux à trois bricoles dans le sac à dos, c'est parti pour lui rendre visite.
  Comme ma carte russe se finissait précisément quelques kilomètres avant ce joli petit sommet, je n'est aucun renseignement à son sujet. Un petit coup de jumelles pour décider du parcours et j'abandonne Canasson dans son champ à 2230mètre d'altitude. Quelle est celle de mon objet de convoitise, peut être cinq où six cents mètres de plus, mais depuis que la Mongolie a semé le trouble dans mes estimations de distances, je me méfie.
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Le pied de l'arête convoitée est sous mes semelles en dix minutes à peine alors que, prudent, je m’efforçais de l'estimer à un ou deux kilomètres de la voiture. Puis les repères rocheux pris à la jumelle sur le parcours arrivent bien plus vite que prévu ! Le temps de quelques photos et voici le sommet à portée de main en tout juste une demi-heure. Le vieux guide ne sait plus du tout où il en est avec la notion de temps. Mais dans ce sens-là, c'est assez rassurant, vu que je ne me voyais pas en haut avant deux petites heures. Altimètre : 2450 mètres. Seulement ça ! Mais c'est le plus haut de tous ses voisins et en plus il était élégant.
Canasson n'a pas eu le temps de s'ennuyer en une heure et nous repartons de suite pour Altay. Le massif montagneux du même nom, s'étire très loin vers l'Est en de nombreux petits massifs comme les tentacules d'une énorme pieuvre. Tous ces bras de la bête, divisent le désert de Gobi en de multiples plaines, parallèles les unes aux autres, du sud au Nord et donc aux caractéristiques très différentes.
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La sortie du vallon
Après donc la sortie du vallon, une nouvelle petite, de ces plaines, nous sépare du dernier tentacule à traverser avant d'atteindre la ville. Encore quelque petits passages de bravoure et nous touchons au but vers dix neuf heure, juste à temps pour déposer chez un garagiste, les deux roues de secours crevées dans ces trois derniers jours !

                                     































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