Samedi 24 août
« On ne change pas une équipe qui gagne », c'est pourquoi hier après midi, avec Canasson, nous avons une nouvelle fois opté pour une petite traverse locale, prenant naissance à quelques petits kilomètres au nord de la ville d'Hovd et qui coupe un long crochet de l'axe principal menant à Ogly.
Pour nous y aider, un jeune motard savoyard rencontré en ville, et lui aussi solitaire, m'a donné quelques pages d'un petit atlas routier mongol trouvé à Ulaanbaatar.
Ainsi, en fin d'après-midi, car nous avons longuement discuté autour d'un café entre compatriotes, j'hésite sur le terrain, entre deux pistes. Il s'agit de rallier le village du même nom que sa grande sœur voisine, Hovd. Une voiture me dépasse et stoppe quelques mètres devant . Un jeune adulte descend et s'approche. Bonne aubaine, ai-je pensé de suite, je vais avoir mon renseignement. Après une très courte explication en anglais, qu'il parle aussi bien que moi..., mon interlocuteur ouvre d'autorité la portière droite, s'installe et avec un grand sourire m'invite à suivre la voiture de Papa. Ils habitent précisément au village.
Seuls cinq kilomètres restaient à parcourir, mais il est sûr que je ne peux suivre le rythme de la voiture. Cela nous donne le temps de faire plus ample connaissance avec mon passager. Il poursuit des études de médecine à la capitale, a tout juste vingt ans et retourne en « fac »le vingt-huit.
Après le franchissement d'un mauvais gué, juste à l'entrée du hameau, nous rejoignons la voiture qui nous attend patiemment. Les occupants, dont le papa, sont sortis et viennent me saluer.
Il est déjà près de huit heures et le jeune futur médecin explique à son père mes intentions d'aller planter le bivouac peu après la traversée du village.
Vous pensez bien qu'il n'en a pas été question.
Quelques minutes plus tard, Canasson trônait dans la cour de la maison pendant que son maître était attablé avec ses hôtes.

Ce matin donc, c'est avec une famille élargie à deux oncles et la grand-mère paternelle que je déjeune dans la petite maison. Composée de trois pièces, elle est ma foi, assez bien arrangée. La grande majorité des habitants du village sont Kazakhs, comme ma famille d'accueil. En effet, la frontière d'avec ce pays, n'est plus, à vol d'oiseau, qu'à environ deux cents kilomètres. Ce qui explique que cette région ouest-mongole va devenir au cours de notre avancée, plus Kasaque que Mongole.
Du reste une petite mosquée trône déjà en bordure du village, juste derrière la station-service tenue par le papa. Les Ovoo risquent de se faire plus rares !
Avant le départ, il faut se plier à la tradition maintenant établie, la visite des voisins. C'est mon hôte, qui tout fier, en assure la présentation détaillée et explique l'itinéraire sur la carte apposée à l'extérieur de la cellule.
La voiture paternelle confiée au fils, va me mettre sur la bonne piste pour continuer la petite diagonale entamée hier. Elle offre plusieurs points de vue sur les premiers sommets enneigés de L'Altaï.
L'axe principal, Hovd / Ogly rejoint, il me faut le parcourir sur une dizaine de kilomètres avant de pouvoir m'en échapper à nouveau. Les bas côtés sont peu propices à un arrêt confortable pour déjeuner. Seul un grand espace déjà occupé par trois petits restaurants et quelques Gers m'invite au stationnement.
Pas encore attablé, mais tout occupé à fignoler le parcours routier de l'après-midi, on frappe à ma porte déjà grande ouverte. Un homme est là, accompagné de deux enfants. Invité à monter à bord, un morceau d'appareil électrique m'est présenté comme faisant partie d'une éolienne. L'homme espère que je sois possesseur du matériel nécessaire pour dénicher la panne. Peu compétant en la matière, nous nous retrouvons au dos de la maison au chevet de son matériel démonté, testeur en main. Le pauvre homme aurait mieux fait de s’adresser à Momo et Patricia qui sont passés par là en compagnie des Blots, il y a peu de temps ! L'éolienne n'est pas ressuscitée !

Une nouvelle petite piste, sur la droite cette foi, longe deux sommets isolés culminant à plus de 4000m d'altitude. Comme elle débouche sur Ogly, je me lance dans cette ultime aventure. Facile au début, il faudra traverser plusieurs gués avant de déboucher sur un immense vallon tapissé d'une herbe très verte étalée en bordure d'un beau cours d'eau. Vu du dernier col franchi, cette gigantesque prairie apparaît couverte d'une multitude de ronds blancs, tels des rosés des près, ce sont des Gers !
Pour ne pas être assailli d'invitations..., il vaut mieux dépasser le secteur. Une belle bosse surplombant le vallon suivant, moins peuplé, me tend les bras pour la nuit.
Dimanche 25 août
Ogly n'est plus qu'à quarante kilomètres et je pense m'être débarrassé des dernières difficultés de la piste hier. Le rendez-vous avec la miniéquipe rescapée du groupe Chine est prévu pour la fin d'après-midi, j'ai donc tout mon temps pour traîner un peu aujourd'hui. Le subconscient devait être au courant, puisque le premier œil ne s'est éveillé et entrouvert que vers les huit heures et même avec difficulté.
Le vent violent d'hier au soir qui n'a pas manqué de secouer l'embarcation, qui plus est juchée sur son perchoir, a plutôt contribué à me bercer, je pense. Je n'ai pas souvenir qu'il m'ait dérangé bien longtemps.
La piste dès les premières minutes s'avère moins roulante que je ne le prévoyais. La plupart des vallons à traverser me font penser à de vieilles moraines entrecoupées par les lits asséchés des torrents de printemps, dont la traversée est lente, car Canasson n'aime pas se faire bousculer ! En aurait -il même les capacités ? Mais ça, il ne faut pas le lui répéter, car il est sûrement susceptible.
Le « clou » a été l'arrivée à proximité d'Ogly
ou la dernière traversée de ce style de passage nous a pris presque trois quarts
d'heure pour tout juste trois kilomètres.
Enfin, avec mon compagnon nous avons touché au but vers l'heure du déjeuner. Notre escapade solitaire vient de s'achever, puisque nous retrouvons les deux équipages Nahoum et Blots sur la place centrale de la ville juste à temps pour nous rendre ensemble au restaurant.
Ce sont maintenant trois nuages de poussière qui se rapprochent de la frontière ouest à tout juste cent kilomètres.
Un joli lac à l'approche de Tsagaannuur, le dernier village, est choisi comme point de chute. Sur ses rives, nous rajoutons nos trois 'Yourts » à mi-distance de deux groupes de Gers existants. Très vite nous sommes devenus le pôle d'intérêt des résidents locaux ravis d'avoir trois habitats mobiles à visiter au lieu d'un seul.


Lundi 26 août
Se dégourdir les jambes une dernière fois sur un sommet mongol a été la première occupation de la journée. A la fin de la redescende, un jeune de la Ger plantée au pied de la pente, se trouve fort intéressé par mes bâtons de randonnée et exprime le désir de les essayer sur cette même montagne. Je suis en même temps invité à un copieux petit déjeuner.
Rendez-vous étant pris à quatorze heures pour le retour du matériel prêté, c'est la petite machine à laver qui se met en route. Elle intrigue beaucoup deux fillettes venues assister à l’opération.
Grandes habituées de la maison, puisque déjà hier au soir elles étaient présentes pour les visites, elles ne vont pas hésiter un instant pour s'installer à bord de la cellule, alors que le déjeuner est sur le point d'être préparé. Imitant en cela ce qu'elles m'ont vu faire, les chaussures vont rester à la porte, laissant apparaître des chaussettes grandement aérées et qui me font plus craindre pour les coussins que les chaussures elles-mêmes ! Deux croyons et une demi-feuille de papier vont les occuper un long moment.
Un jeune garçon entre dix et onze ans, n'ayant pas osé monter lors des visites d'hier, se présente à son tour et cette fois ne se fait pas prier. Il va même entamer un examen très détaillé des lieux ! Sa curiosité assouvie, il demande à écouter de la musique. Finalement nous serons bientôt six autour de la table ce qui ne laisse que très peu de place à mon assiette. Tout le monde aura droit à un dessert grâce aux petites pommes que je tiens désormais en réserve pour ce genre de circonstance. Pendant ce temps, l'équipage « Blots », détenteurs d'un visa multientrées pour la Russie, a pris le départ pour passer la frontière dès aujourd'hui.
Tout étant rentré dans l'ordre en début d'après-midi nous entamons avec Momo et Patricia de nous rapprocher de la frontière, utilisant pour rallier le village de Tsagaannuur une petite piste contournant le lac du bivouac. Malheureusement, la pluie intervenant à mi-parcours, ne nous permettra pas de profiter pleinement du paysage.
Un nouveau petit plan d'eau, dont le secteur semble regorger, nous servira de refuge pour la nuit, en attendant que demain, s'achève ce long et superbe parcours dans cette accueillante et magnifique Mongolie.
« On ne change pas une équipe qui gagne », c'est pourquoi hier après midi, avec Canasson, nous avons une nouvelle fois opté pour une petite traverse locale, prenant naissance à quelques petits kilomètres au nord de la ville d'Hovd et qui coupe un long crochet de l'axe principal menant à Ogly.
Pour nous y aider, un jeune motard savoyard rencontré en ville, et lui aussi solitaire, m'a donné quelques pages d'un petit atlas routier mongol trouvé à Ulaanbaatar.
Ainsi, en fin d'après-midi, car nous avons longuement discuté autour d'un café entre compatriotes, j'hésite sur le terrain, entre deux pistes. Il s'agit de rallier le village du même nom que sa grande sœur voisine, Hovd. Une voiture me dépasse et stoppe quelques mètres devant . Un jeune adulte descend et s'approche. Bonne aubaine, ai-je pensé de suite, je vais avoir mon renseignement. Après une très courte explication en anglais, qu'il parle aussi bien que moi..., mon interlocuteur ouvre d'autorité la portière droite, s'installe et avec un grand sourire m'invite à suivre la voiture de Papa. Ils habitent précisément au village.
Seuls cinq kilomètres restaient à parcourir, mais il est sûr que je ne peux suivre le rythme de la voiture. Cela nous donne le temps de faire plus ample connaissance avec mon passager. Il poursuit des études de médecine à la capitale, a tout juste vingt ans et retourne en « fac »le vingt-huit.
Après le franchissement d'un mauvais gué, juste à l'entrée du hameau, nous rejoignons la voiture qui nous attend patiemment. Les occupants, dont le papa, sont sortis et viennent me saluer.
Il est déjà près de huit heures et le jeune futur médecin explique à son père mes intentions d'aller planter le bivouac peu après la traversée du village.
Vous pensez bien qu'il n'en a pas été question.
Ce matin donc, c'est avec une famille élargie à deux oncles et la grand-mère paternelle que je déjeune dans la petite maison. Composée de trois pièces, elle est ma foi, assez bien arrangée. La grande majorité des habitants du village sont Kazakhs, comme ma famille d'accueil. En effet, la frontière d'avec ce pays, n'est plus, à vol d'oiseau, qu'à environ deux cents kilomètres. Ce qui explique que cette région ouest-mongole va devenir au cours de notre avancée, plus Kasaque que Mongole.
Du reste une petite mosquée trône déjà en bordure du village, juste derrière la station-service tenue par le papa. Les Ovoo risquent de se faire plus rares !
Avant le départ, il faut se plier à la tradition maintenant établie, la visite des voisins. C'est mon hôte, qui tout fier, en assure la présentation détaillée et explique l'itinéraire sur la carte apposée à l'extérieur de la cellule.
L'axe principal, Hovd / Ogly rejoint, il me faut le parcourir sur une dizaine de kilomètres avant de pouvoir m'en échapper à nouveau. Les bas côtés sont peu propices à un arrêt confortable pour déjeuner. Seul un grand espace déjà occupé par trois petits restaurants et quelques Gers m'invite au stationnement.
Pas encore attablé, mais tout occupé à fignoler le parcours routier de l'après-midi, on frappe à ma porte déjà grande ouverte. Un homme est là, accompagné de deux enfants. Invité à monter à bord, un morceau d'appareil électrique m'est présenté comme faisant partie d'une éolienne. L'homme espère que je sois possesseur du matériel nécessaire pour dénicher la panne. Peu compétant en la matière, nous nous retrouvons au dos de la maison au chevet de son matériel démonté, testeur en main. Le pauvre homme aurait mieux fait de s’adresser à Momo et Patricia qui sont passés par là en compagnie des Blots, il y a peu de temps ! L'éolienne n'est pas ressuscitée !
Pour ne pas être assailli d'invitations..., il vaut mieux dépasser le secteur. Une belle bosse surplombant le vallon suivant, moins peuplé, me tend les bras pour la nuit.
Dimanche 25 août
Ogly n'est plus qu'à quarante kilomètres et je pense m'être débarrassé des dernières difficultés de la piste hier. Le rendez-vous avec la miniéquipe rescapée du groupe Chine est prévu pour la fin d'après-midi, j'ai donc tout mon temps pour traîner un peu aujourd'hui. Le subconscient devait être au courant, puisque le premier œil ne s'est éveillé et entrouvert que vers les huit heures et même avec difficulté.
Le vent violent d'hier au soir qui n'a pas manqué de secouer l'embarcation, qui plus est juchée sur son perchoir, a plutôt contribué à me bercer, je pense. Je n'ai pas souvenir qu'il m'ait dérangé bien longtemps.
La piste dès les premières minutes s'avère moins roulante que je ne le prévoyais. La plupart des vallons à traverser me font penser à de vieilles moraines entrecoupées par les lits asséchés des torrents de printemps, dont la traversée est lente, car Canasson n'aime pas se faire bousculer ! En aurait -il même les capacités ? Mais ça, il ne faut pas le lui répéter, car il est sûrement susceptible.
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| Ce sont maintenant trois nuages de poussière.... |
Enfin, avec mon compagnon nous avons touché au but vers l'heure du déjeuner. Notre escapade solitaire vient de s'achever, puisque nous retrouvons les deux équipages Nahoum et Blots sur la place centrale de la ville juste à temps pour nous rendre ensemble au restaurant.
Ce sont maintenant trois nuages de poussière qui se rapprochent de la frontière ouest à tout juste cent kilomètres.
Un joli lac à l'approche de Tsagaannuur, le dernier village, est choisi comme point de chute. Sur ses rives, nous rajoutons nos trois 'Yourts » à mi-distance de deux groupes de Gers existants. Très vite nous sommes devenus le pôle d'intérêt des résidents locaux ravis d'avoir trois habitats mobiles à visiter au lieu d'un seul.


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| Les voisins en visite... |
Lundi 26 août
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| Le bivouac au bord du lac |
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| Du sommet, vue sur Tsagaannuur |
Se dégourdir les jambes une dernière fois sur un sommet mongol a été la première occupation de la journée. A la fin de la redescende, un jeune de la Ger plantée au pied de la pente, se trouve fort intéressé par mes bâtons de randonnée et exprime le désir de les essayer sur cette même montagne. Je suis en même temps invité à un copieux petit déjeuner.
Rendez-vous étant pris à quatorze heures pour le retour du matériel prêté, c'est la petite machine à laver qui se met en route. Elle intrigue beaucoup deux fillettes venues assister à l’opération.
Grandes habituées de la maison, puisque déjà hier au soir elles étaient présentes pour les visites, elles ne vont pas hésiter un instant pour s'installer à bord de la cellule, alors que le déjeuner est sur le point d'être préparé. Imitant en cela ce qu'elles m'ont vu faire, les chaussures vont rester à la porte, laissant apparaître des chaussettes grandement aérées et qui me font plus craindre pour les coussins que les chaussures elles-mêmes ! Deux croyons et une demi-feuille de papier vont les occuper un long moment.
Un jeune garçon entre dix et onze ans, n'ayant pas osé monter lors des visites d'hier, se présente à son tour et cette fois ne se fait pas prier. Il va même entamer un examen très détaillé des lieux ! Sa curiosité assouvie, il demande à écouter de la musique. Finalement nous serons bientôt six autour de la table ce qui ne laisse que très peu de place à mon assiette. Tout le monde aura droit à un dessert grâce aux petites pommes que je tiens désormais en réserve pour ce genre de circonstance. Pendant ce temps, l'équipage « Blots », détenteurs d'un visa multientrées pour la Russie, a pris le départ pour passer la frontière dès aujourd'hui.
Tout étant rentré dans l'ordre en début d'après-midi nous entamons avec Momo et Patricia de nous rapprocher de la frontière, utilisant pour rallier le village de Tsagaannuur une petite piste contournant le lac du bivouac. Malheureusement, la pluie intervenant à mi-parcours, ne nous permettra pas de profiter pleinement du paysage.
Un nouveau petit plan d'eau, dont le secteur semble regorger, nous servira de refuge pour la nuit, en attendant que demain, s'achève ce long et superbe parcours dans cette accueillante et magnifique Mongolie.








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