Samedi 27 juillet
Le secteur a été calme cette nuit. Au garage hier, le technicien pensait que la cellule risquait d'être trop haute pour rentrer dans le garage lundi. De plus. Du coup, comme l'endroit s'y prête parfaitement et qu'une fuite de gazole s'est apparemment déclenchée au niveau de la réserve, coincée entre cellule et ridelle, la décision est prise avant même d'être levé, de déposer la cellule là ou je me trouve. Ainsi l'histoire se répète... à la différence prêt, que cette fois la voiture est disponible pour circuler, du moins pour le week-end.
Près de Ford, toujours (le lieu est magique), en allant chercher le filtre à huile hier, mon guide m'a montré une station de lavage. La douche est donc de mise et la demoiselle chargée ce cette mission a mis toute son énergie à faire disparaître chacun de mes souvenirs du sol mongolien. L'intérieur de la cabine a même eu droit à son dépoussiérage alors que je m'étais réservé cette tâche pour les heures à venir.
Pas peu fier, le proprio, de se retrouver sur le boulevard libre de toute circulation au volant d'un tel véhicule de luxe... et tout comme un mongolien, d'appuyer sur le champignon pour faire rugir les chevaux enfin libres de toute charge.
... Et paf !...Le voyant orange s'allume et les chevaux se mettent au vert !
Là, plus fier du tout le proprio. Fermer le contact, le remettre et ça redémarre, mais toujours avec la belle petite lumière orangée. Pour ceux qui ont bien suivi, le garage Ford, il n’est pas loin ! ... Alors il n'y a plus qu'à...
Valise bien sûr pour diagnostic complet, propose le chef de garage. Comme je ne suis pas d'ici et qu'en poussant ça risque de faire long, j'ai répondu... OK. La valise se met en œuvre et après déjeuner, sort le listing du résultat. Le magasinier possède tout des petits joints qu'il faudrait changer par-ci, par-là, sauf, bien sur le plus important de tous... On s'en serait douté...
- Vendredi prochain, pas de problème, on peut vous faire ça !
- Peux pas ! Mon visa s'arrête mercredi !
Comme je me renseigne pour savoir si tout ça peut attendre ou bien doit être fait au plus vite pour des questions de sécurité, après mure réflexion, le garagiste convoque ma monture pour lundi 17h.
Ah oui, j'oubliais : pour ceux qui se posent la question. Les pas distraits se souviennent que le bilan est tombé, après déjeuner. Et bien, la solution existait, pour le proprio en attente : le petit resto à côté du lavage lui-même à côté du garage et voilà. même que ce n'était pas mauvais du tout.
... Comment ça, quel garage ?... Il faut suivre ! LE FORD ! Parce que le « Doctor » s'il est bien, sur la même rue, il est loin et là, il n'y a pas de lavage à côté ! Par contre il y a bien un distributeur de gaz, mais pas à côté de chez Ford !
Allez, c'est bon, bonne nuit !
Dimanche 28 juillet
En attente du lundi, pressé de voire ma monture se refaire une santé. Sur de tels voyages, il est vrai que les mécaniques souffrent. La cellule aussi subit quelques réparations, comme le problème récurant depuis le deuxième mois du voyage, celui de l'eau sur l'évier. Ce sont des petits rien qui finissent par peser lorsque c'est vécu au quotidien et que le confort en fin de journées parfois difficiles joue beaucoup sur le repos tant physique que moral.
Malgré le nouveau robinet identique au précédent, apporté par Pierre lors de son arrivée à Hosh (Kirgysistan), le défaut en question s'est à nouveau manifesté : il ne ferme pas totalement l'eau et n’éteint plus la pompe. Pour les néophytes, il existe sur certains camping-car des pompes immergées dans le réservoir, et c'est le robinet qui établit le contact au moment de l'ouverture. L'une des conséquence de cette panne, était de perdre l'eau par ce foutu robinet lorsque les canalisations montaient en pression à l'ouverture du robinet de la salle de bain. D’où, un pipi de chat pour la douche, donc je sens mauvais et j'avais des excuses !
J'avais, parce que pour une bouchée de pain, j'ai fait l'acquisition d'un beau et vrai mitigeur au grand marché à côté de chez moi. Un petit interrupteur permet de commander la pompe et le tour est joué. Maintenant la douche marche !
La cellule toujours déposée, permet d'accéder à la réserve de gazole. Petit tour de clé par ci, petit tour de clé par là et les petites fuites ont été réparées.
Tout doit être prêt pour le nouveau grand redémarrage sur le trajet du retour, amorcé rappelons le depuis Beidjing (Pékin pour les Français).
Lundi 29 juillet
À dix heures, nous sommes chez Doctor, ma monture et moi. Après une longue discussion entre les deux techniciens de samedi, examinant aujourd'hui le pick-up libéré de sa charge, il en ressort un changement d'avis. Durcir plus la suspension risque de provoquer une casse (l'histoire du chêne et du roseau...) même si le roulis actuel est important sur de grosses ondulations transversales.
Toutes les classes sociales y sont représentées à l'exclusion des plus fortunés qui comme dans toutes les grandes villes de ces pays émergents, mènent grand train et n'ont plus que faire de ces lieux d'activités. Leur univers est devenu celui des très grandes marques, mondialement connues et parfaitement représentées à Ulaabaatar. Le parc auto en est un miroir sans défaut. Il ne se passe pas dix minutes dans la rue, que vous n'ayez croisé tout autant de voitures de très grand luxe. Ici, bien sûr ce sont plus des 4x4, l'essentiel de la circulation s'effectuant sur pistes. Mais je vous promets qu'une photo de notre parc automobile prise sur les champs élisés ferait sourire face à celle d'ici qui pourrait lui être comparée. Cette même réflexion s'était faite entre nous en Chine. Les laissés pour compte sont d'autant plus légion.
Ici la ville recueille tous les naufragés de l'élevage. Lorsque des conditions climatiques extrêmes (jusqu'à -60° à certains moments de l'hiver) déciment une partie des troupeaux, les petits ne s'en remettent pas et ne peuvent réclamer compensation à des assurances. Ne leur reste que le rapprochement de l'agglomération la plus proche, espérant y trouver l'eldorado de leurs rêves.
Chaque jour, dans mon quartier, je croise un couple moyennement âgé qui tente de survivre de la collecte des bouteilles plastiques. Heureusement pour eux elles sont jetées en grand nombre par les fenêtres des véhicules ou laissées sur place après consommation. L'écologie n'est pas une préoccupation apparente ! Comment ne pas imaginer ce qu'ils ont pu être avant le désastre. Peut-être des éleveurs, Ger plantée dans la steppe, soignant leur troupeau. Combien sont-ils dans ce cas ? Très nombreux si l'on en juge par le nombre de ces Gers déménagées aux portes de la capitale. Un tiers de la population mongole vivrait (où survivrait) à Oulaanbaatar.
Mardi 30 juillet
Comme prévu samedi, hier à 17 h j'étais à l'heure au garage Ford. Mais, et je ne peux pas leur en vouloir puisque j'ai joué le « client rapporté », à 18 heures la voiture était toujours dehors. Comme à 19h tout le monde est parti dîner, je me suis retrouvé seul sur les lieux, dans une salle d'attente là encore équipée d'un grand téléviseur et des prises de connexions pour l'internet des clients.
Peut-être cela existe t-il en France, mais je ne l'ai jamais rencontré.
Par contre, dans la communication avec les clients, nous sommes très loin ici du vendeur accrocheur dont on ne peut plus se débarrasser. Tout au contraire, il faut presque se battre pour que l'on daigne s'occuper de vous. Ceci n'est pas propre au garage Ford ou je suis, mais j'ai eu ce problème dans presque tous les commerces y compris les restaurants. Il est vrai que s'adresser à un étranger n'est pas facile, mais ces façons d'être nous déroutent.
Faire la queue gentilement risque de durer, car sans jouer des coudes vous ne garderez pas votre place. Ce que nous appelons «le savoir vivre » est inconnu ici. Vous pouvez rester 10minutes seul derrière un comptoir, face à un préposé occupé à autre chose, comme jouer sur son téléphone. Si vous ne vous manifestez pas, laissant poliment l'interlocuteur finir l'ouvrage en cours, vous êtes reparti pour un tour d'attente. Le client qui arriverait à cet instant, vous bousculant, annonçant sa commande et tendant ses billets par dessus votre épaule, sera lui immédiatement servi sans que la remarque lui soit faite d'attendre son tour. En fait on en est à son tour lorque l'on a réussi à passer. A la limite c'est presque devenu un jeu.
Sur la route, n'en parlons pas. C'est la jungle où plutôt la steppe ! Ils conduisent en ville comme sur la piste, qui à leur corps défendant, est l'essentiel de leur univers. Chacun gère sa situation au mieux sans se soucier aucunement des autres usagers sauf s'il sagit de leur ravir place ou priorité. Aux heures d'affluence, un cauchemar pour l'étranger.
Au début, pensant aux cruels guerriers de Gengis Han,partant à la conquête du monde, j’imaginais que la voiture, autre monture, ravivait en eux, le temps d'une conduite, leur agressivité légendaire d'en temps. Que ne ni ! Chez nous de tels comportement occasionnerait des morts par arme de poing ou arme blanche. Ici, nul agressivité face à ces entourloupes routières du voisin. La bonne humeur est de mise, sachant sans doute que ce sera à charge de revanche. Hier, flânant dans la rue, j'ai croisé une voiture école. J'avoue qu'il me plairait de savoir ce que l'on y apprend!
Donc, pour en revenir à ma situation d'hier au soir, la voiture était prévue finie pour la soirée. Habitant à près de quatre kilomètres de là, j'avais alors préféré demeurer sur place pour attendre le carosse. Personne ne m'en a dissuadé. Pourtant, de nombreuses fois le chef d’atelier est passé auprès de moi lors de ses va et viens entre bureau et garage.
Toujours seul dans ma salle d'attente à plus de dix-neuf heures trente, j'ai tout de même eu des doutes sur le déroulement des opérations et suis sortis pour glaner des informations. Le chef de garage, anglophone, avec quelques uns des ouvriers en charge de mon auto, digèraient le dîner en discutant aux derniers rayons du soleil. Posté ostensiblement à côté d'eux, nul ne me prête attention. Il m'a fallu interpeller le responsable pour me faire dire qu'il faudrait bien encore deux bonnes heures. A ma demande, il appellera un taxi et fort aimablement me conduira à lui, semblant soulagé de ne pas avoir à achever les travaux de nuit !
Malgré tout ça, il n'en demeure pas moins que ces gens sont charmants et très accueillants. Une fois le contact établi, ils ne vous lâchent plus. Ville ou campagne, il est bien évident que ces deux mondes ne se ressemblent pas et les écarts se creusent vites. Si j'en juge par ma toute petite expérience de 2010, de telles disparités ne m'étaient pas apparues aussi criantes.
Ce matin donc ce n'est que vers dix heures trente que je me suis rendu à mon nouveau quartier général, le garage Doctor, pour me faire appeler un taxi, ce qu'ils font très gentiment. Ainsi ma brave bourrique toute pimpante avec ses nouveaux joints m'a reconduit au bercaille.
La cafétéria du garage, annonçant sur sa porte « café internet free », j'y ai élu domicile pour mes heures de connexion, d'autant que c'est à deux minutes à pied de mon domicile et qu'ici, je commence à y avoir des « relations ».
Mercredi 31 juillet
Ma décision est prise, nul envie de faire l’immense détour par le Nord. Bien sur, de remonter un peu au passage la côte Ouest du lac Baïkal ne me déplaisait pas, mais c'est une destinations faciles, réalisable avec n'importe quel véhicule. Je peux donc la réserver pour l'avenir. Tandis que la Mongolie c'est une autre paire de manche et le projet d'un tour complet de ce pays me trottait dans la tête depuis le voyage de 2010.
Alors pourquoi ne pas, maintenant, rentrer par une route Sud puisque la route Nord a été réalisée et qu'il y a quelques jours un bon morceau de l'Est a vu passer mon pur sang en qui j'ai repris confiance après avoir expérimenté sur 1600km de piste les modifications de fixation cellule ainsi que les grosses réparations mécaniques ?
Rentrer par le nord représente beaucoup de kilomètres et malgré le goudron, aurait obligé sans doute à ne pas perdre trop de temps et donc à ne pas trop se permettre de fantaisie. Avec Pierre, tous deux avons été privé de la Chine telle qu'elle était projetée, donc pourquoi pas une petite compensation maintenant?
L'expérience vécue dans « l'empire du milieu » aussi éprouvante qu'elle est pu être en raison de nos énormes soucis mécaniques, me resteront en mémoire comme une tranche de voyage très riche. Belle épreuve humaine que la cohabitation de deux individus ne se connaissant que très peu et qui malgré leurs différences ont su, à mon sens, s'épauler pour surmonter l'adversité et ce durant plus d'un mois. Aussi, les contacts d'avec tous ces gens qui ont travaillé pour nous, tout superficiels qu'ils aient pu paraître, du fait de la barrière de la langue additionnée de cette énorme difficulté de communication due à des cultures diamétralement opposées dont les codes ne se révèlent que parcimonieusement, ont fini par être assez réels et j'en suis sur, des deux côtés auront laissé des traces.
Le visa Russe demandé il y a quinze jour est récupéré, mais ne servira donc pas puisque le timing des visas initialement programmés est retrouvé. Le preuve, en rentrant du service de l'immigration près de l'aéroport où le visa Mongole a été prolongé jusqu'au 28 juillet, j'ai retrouvé près du Circus, ce lieu assez central de la ville d'Ulaanbaatar, deux des équipages du groupe Chine.
Nous avons passé une partie de la journée ensemble. Un peu de compagnie fait du bien même lorsque les défis solitaires sont appréciées pour l'engagement qu'ils représentent et donc la nécessite d'avoir à se prendre en charge presque totalement. Dans notre monde d'assistés où ces valeurs fondamentale de responsabilité individuelle ont été gommées, quelle richesse que de pouvoir encore en jouer et tant que j'en aurai la force...
Grâce à Momo retrouvé, la solution à un problème électrique qui prive partiellement la cellule d'énergie électrique et ce depuis Pékin, est en voie de se résoudre. Le coupleur séparateur permettant à l'alternateur de la voiture de participer à la recharge de la batterie de la cellule à cessé de fonctionner. Un disjoncteur va donc remplacer par un travail manuel, le rôle de ce coupleur maintenant court-circuité pour avoir les deux batteries, moteur et cellule, montées en parallèle. Attention le Neurone, il ne faudra pas oublier de manœuvrer le disjoncteur pour ne pas vider la batterie moteur. Momo a prévenu. Reste donc à faire un nœud sur le mouchoir ! J'espère ainsi pouvoir retrouver l'usage du frigo, du micro-onde et de la bouilloire électrique qui participaient bien au confort général lui-même utile à l’entretient du moral.
Jeudi 1er août
Avec Momo et Patricia, nous nous dégourdissons les jambes jusqu'au monastère bouddhiste de la capitale situé à un bon kilomètre du Circus à côté duquel nous avons tous passé la nuit.
L'état d'abandon qu'il donnait m'a beaucoup déçu alors qu'en 2010 ces lieux m'avaient impressionné. Il est vrai que l'absence de toute cérémonie et de présence de pèlerin ont du augmenter ce ressenti.
En fin d'après midi, tous ensemble, avec les Blots assistons à un spectacle Mongole au grand théâtre. La veille j'avais parlé à tous d'un spectacle plus réduit qui m'avais bien plu, à côté du circus.
Vendredi 2 août
Tous les cinq rendons visite à l'ambassade de France. Nous y recueillons l'adresse d'un assureur auprès duquel nous souhaiterions souscrire au moins une assurance responsabilité civile.
Notre sortie depuis plus de trois mois d'un pays couvert pas la carte verte nous prive actuellement de notre assurance habituelle.
L'assureur établi dans la tour presque voisine de l'ambassade nous reçoit après que nous ayons également récupéré chez nos compatriotes, leur numéro de téléphone dès fois que...
L'assurance n'est obligatoire, pour les Mongole, que depuis un an.
Un petit repas ensemble au restaurant pour se dire au revoir à la frontière le 27, puisque nous avons les même dates de visa, et nous voici repartis les uns par une route assez centrale et l'autre par celle du sud comme projeté.
Dommage que le temps soit à la pluie. Ça ne va tout de même pas durer 25 jours !
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