jeudi 25 juillet 2013

13 au 19 juillet – Mongolie 2 - Un tour vers l’Est

Samedi 13 et dimanche 14 juillet

Fête nationale, donc je ne travaille pas plus que les Russes dans leur ambassade!

Ces derniers jours aussi bien en sortant de Chine qu'en entrant en Mongolie il a fallu parer à de fortes variations climatiques allant de chaleur à froidure humide, le tout assaisonné de longues périodes de climatisation pour pouvoir rouler tout fermé pour cause la poussière des voisins sur la piste. Ce joyeux cocktail s'est traduit en belle angine.

Toutes les conditions sont donc réunies pour jouer les casaniers d'autant qu'il ne fait pas beau et que le blog à du retard.

Lundi 15 juillet

La ville a retrouvé une grande animation depuis ce matin. Sans doute les trois jours de fête du Nadam précédant un week-end avaient-ils favorisé quelques évasions. Plus de places pour se garer alors que depuis mon arrivée j'ai toujours eu l'embarras du choix.

Dès l'ouverture je suis chez les Russes. Comme il fallait s'y attendre, modifier des dates de visa n'est pas chose possible du moins chez eux ! Établi en France avant le départ du voyage j'ai effectivement en ma possession un visa double entrée pour la Russie, mais qui ne prend effet que le 27 août. Donc à moins d'attendre cette date, je n'ai d'autre éventualité que d'en faire établir un nouveau. Pour ne pas me compliquer cette tâche administrative, je confie le bébé à une agence locale. Ce sera prêt le 31 juillet ! Bigrement long pensais-je, mais le prix étant dès plus raisonnable par rapport à notre achat français je ne cherche pas même à accélérer les choses.

Le projet d'un tour complet du pays me trotte en tête depuis mon retour du voyage de 2010. Et bien voici l'occasion de découvrir la région Est, fort peu visitée. Fief du grand Gengis Han fondateur de la Mongolie, ce sera ma façon à moi de continuer la fête nationale du Nadam le célébrant.

 

Mardi 16 juillet

La kalachnikov ayant pulvérisé sans effet contre cette angine qui dure, aspirines et autres pastilles du même style, j'ai hier chargé la 12x7 avec du gros calibre, des antibiotiques ! Pour le résultat quasi immédiat, merci docteur !

Donc en me pressent avec lenteur, j'arrive tant bien que mal à être sur le départ vers dix heures.

IMG_0526Objectif, cette région de l'Est délaissée par le tourisme, constituée de gigantesques steppes abritant de nombreuses zones protégées, refuges d'une grande variété d'animaux sauvages.

De plus, pourquoi ne pas continuer à ma façon cette grande fête nationale du Nadam en parcourant la région natale du grand Gengis Han  le fondateur de cette Mongolie. Bien sur, les montagnes du Hentïï collées à la frontière Russe au NE d'Ulaanbaatar et qui l'on vu naître, ne sont guère praticables par mon pur sang à quatre roues. Qu'à cela ne tienne, un petit contournement par le sud puis l'est devrait donner le change, d'autant que deux des axes envisagés longent ou coupent la célèbre Chingisîîn dalan (« muraille de Gengis ») qui s'étend sur 270 kilomètres.

Donc une boucle ralliant les villes Ondôrhan / Baruun Urt / Choybalsan / et Bayan-Uul est programmée. Seul le sens de rotation me laisse quelque hésitation.

Chaque chose en son temps, il faut tout d'abord rallier Ondörhan situé à quelque 300km au plein Est de la capitale.  Je ne sais si c'est une façon de célébrer le grand Gengis Han, mais les 30 premiers kilomètres menant au gigantesque monument construit à sa gloire sur le bord de cet axe, sont particulièrement éprouvants pour le véhicule et les yeux du chauffeur, qui ne sait plus quels trous ou mauvaises pistes utiliser pour éviter un goudron IMG_0527particulièrement dégradé.

  Mais après, en dehors de quelques rares exceptions, ce n'est que du bonheur. Très vite la toundra s'étale sous une herbe épaisse et bien verte, faisant le délice de très nombreux troupeaux. Timidement, par endroits, sur des flancs de collines particulièrement bien exposées, la taïga tente de renaître. La petite route en bon état est décorée à chaque col d'un Ovoo à la taille souvent imposante. De nombreux monticules disséminés de-ci de-là en sont aussi parés. Ces gros tas de cailloux IMG_0529décorés de tissus et sur lesquels gisent des cadeaux de toute sorte sont bâtis à la gloire du Chamanisme. Ce culte semble particulièrement bien implanté dans la région si l'on en juge par la présence fréquente à côté des Gers d'un Ovoo plus modeste.

 

 

 

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Pour ma part, à l'entrée de la ville, je vais me mettre nuitamment, sous la protection de l'un d'eux, dominant ainsi toute la plaine.

 

 

 

Mercredi 17 juillet

À peine sorti de la ville, plus aucun doute, nous sommes en Mongolie. La piste attend les quatre roues de ma monture pour me faire traverser ces gigantesques steppes peu visitées et sauvages de l'est du pays. IMG_0574

  Je m'étais bien promis ne ne plus fréquenter que du goudron, mais comment résister à cet appel des grands espaces qui bouillonne en moi. En excuse, la modification de la fixation cellule tient à merveille ses promesses et la piste sablonneuse est bien plus douce dans son ensemble que du mauvais goudron !

   J'ai dix jours devant moi et pas d'impératifs. Donc « qui va piano... » !

Toute fois, après quelques 90 kilomètres parcourus sagement et sans difficulté particulière, les choses se compliquent. L'orage de la nuit dernière qui a du frapper le secteur a laissé sa signature. Des flaques d'eau sur un sol sablonneux, passe encore, mais lorsque le sol change de nature et se transforme en terre végétale, la chanson n'est plus la même. Quelques unités de voiture sont croisées dont certaines non-4x4. Donc ça passe, surtout si l'on est motivé. Mais le simple mur de Gengis aussi beau puisse t-il être (si toute fois même il est visible?) vaut-il de risquer un plantage dans un de ces passages tangents qui se font de plus en plus nombreux. Je suis lourd et ...raisonnable...De plus le ciel devient menaçant. Le risque que le piège ne se referme sur mes arrières si je continue de progresser me décide à la sage décision:demi-tour. IMG_0561

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   Presque revenu à Ondörhan, le bivouac me tend les bras. Ce sera ce soir un apéritif dînatoire. Le coin est superbe, immense. Il n'est pas trop des 10 watts de ma sono embarquée pour faire résonner la steppe déserte des accords d'un concerto de piano de Saint Sens. Quelques chevaux viennent aux nouvelles sans aucundoute attirés par le piano qui se déchaîne sans retenue. IMG_0569Un superbLe coucher de soleil s'invite également à la fête et embrasse quelques minis lacs disséminés dans la steppe. C'est quoi le bonheur ?

Jeudi 18 juillet

Puisque les pistes du Nord semblent un peu trop humide et de consistance boueuse, on peur supposer que celles IMG_0572plus au sud seront plus sèches et en tout cas plus sablonneuses, car plus proches du Gobi.

C'est donc par la route menant à Baruun-Urt que s'opère un nouveau départ vers l'Est. À mi-chemin de cet axe, ma carte signale un site de Dinosaur fossile. Le village de Monhhaan sera donc mon hôte pour cette première étape.

Les vingt premiers kilomètres au départ de Ondörhaan sont superbement goudronnés. Puis, c'est la route mongole qui redevient reine en se faufilant à travers une steppe de plus en plus vaste.

IMG_0573 Par deux fois, un autobus du service régulier est passé sur l'une des nombreuses pistes parallèles à ma trajectoire. Je ne les aurais pas suivis un kilomètre sans risquer de tout casser à mon bord. Impressionnant à voire, car sans doute y a-t-il un horaire à tenir. En tout cas les passagers ont intérêt à avoir l'estomac bien accroché.

Pour la course aux records, Pierre est en train de se faire remonter. Avec un gros bout de ferraille planté dans un pneu, je signe ma seconde crevaison.

IMG_0545IMG_0546 Vers dix-huit heures, c'est l'arrivé au village. Des habitants questionnés font rouvrir sa boutique au garagiste. Une demie heure plus tard, tout étant réparé et rangé, un voisin me sert de guide jusqu'au petit resto du coin ou il commande et me tient compagnie. Revenu à mes pénates, il y sera remercié, ainsi que le garagiste, d'un petit verre de vodka.

Ma Gers est maintenant ostensiblement installée pour jusqu'à demain sur un grand espace herbeux au plein centre du hameau, à proximité d'un terrain de basket orphelin d'un des panneaux, gisant au sol et de quelques jeux pour enfants. Les curieux affluent et l'oublie en France de mon lexique Mongole manque cruellement. La professeure d'Anglais et une autre jeune fille anglophone sont appelées à la rescousse. Vous l'aurez compris, la seule avec qui je n'ai pas réussi à communiquer, c'est la prof ! Heureusement que contrairement à leurs voisins chinois, le langage gestuel est ici extrêmement développé et même régi par des codes.

Vendredi 19 juillet

IMG_0577 IMG_0578 IMG_0579 La sortie de l’enchevêtrement des ruelles du village, expliquée hier au soir par l'un des visiteurs a été d'un bon secours ce matin.. La piste est donc retrouvée sans difficulté pour rejoindre Baruun-urt. Une centaine de kilomètres à parcourir, mais rien de plus aléatoire qu'une piste, pour pronostiquer un temps de parcours. D'entrée, je suis étonné par la qualité de celle-ci et les quarante kilomètres-heure peuvent être tenus assez longtemps sur bon nombre de tronçons. Parti à 8h 30, je pénètre en ville vers 12h 30 et sans forcer.

Aruun-Urt est somme toute une assez jolie petite ville, bien propre, qui arbore dès son entrée un Théâtre qui semble en bon état. Un musée y est aussi implanté, mais n'aura pas le plaisir de m’accueillir. En effet, le reste de la boucle étant peut-être difficile et donc longue, je me décide à enchaîner vers le nord-est, Choybalsan. IMG_0583Cette région est la plus orientale de Mongolie, frontalière au nord avec la Russie et à l'Est avec la Chine. En dehors d'une enclave longue d'environ 400km se prolongeant encore plus vers l'Est et dont l'accès routier semble sommaire, j’atteindrai en cette ville le point le plus éloigné de la capitale qu'il semble raisonnable de se fixer dans ma situation.

  La piste vers le nord est de suite beaucoup plus difficile. Elle traverse une steppe jonchée de lac où vivent beaucoup de grands mammifères, gazelles et oiseaux protégés. IMG_0602 C'est ce qui me vaut d'avoir à franchir quelques zones marécageuses ou l'on se fait quelques frayeurs.

Le soleil a bien baissé et la lumière est devenue superbe. Sortant d'un de ces fonds de vallons redoutés, je vais croiser au sommet de la petite montée suivante une voiture arrêtée. Son occupant ne semble pas en situation de tourisme face à la beauté du paysage. De toute évidence, sa tenue, pantalon relevé et nu-pieds couvert de boue jusqu'aux mollets et les mains tout aussi badigeonnées, m'incite à lui prêter attention. Mon regard interrogatif croise le sien et après un temps d'hésitation il me fait signe de stopper.

IMG_0585 Le pneu avant gauche, en partie découpé, témoigne déjà, de quelques mètres parcourus à plat. Que n'a-t-il sorti son cric pour mettre la roue de secours ? Sur mon interrogation gestuelle, ce jeune tout juste âgé de 25 ans, m'ouvre son coffre où gît une roue de secours en à peine meilleur état.

Après de longues minutes d'un dialogue stérile où je crois comprendre qu'il accepte que je le transporte jusqu'à Choybalsan pour faire réparer, il m'amène au tout haut de la côte pour me montrer sa « Dom ». Une Gers est effectivement plantée à quelques km de là et par ses quelques mots d'Anglais, retenus d'une scolarité surement courte, m'indique sa maison.

IMG_0584Il devient compréhensible entre les nombreux appels téléphoniques qu'il passe, que dans un premier temps, un retour du véhicule à la maison soit son souhait. Ensuite, comme proposé initialement, c'est le transport jusqu'à la ville.

Il est maintenant dix-huit heures, Choybalsan est distant de 85 km, autrement dit trois à quatre heures de piste au vu de ceux que je viens de parcourir. Pas question de faire ce parcours, même partiellement, de nuit. De plus l'occasion est trop belle. Je pense que certains connaissant le voyageur que j'ai la prétention d'essayer d'être, m'ont vu venir...

Depuis mon entrée en Mongolie, je n'ai pas encore réussi à réellement franchir le pas de ces contacts dont je me régale. J'ai honte d'être pour l'instant, plus tôt « touriste ». L'absence de tout lexique à disposition est vraiment trop handicapante. Pour y remédier, acheter mon litre de lait à une ger, ce soir, avait été ma « bonne résolution » du matin

Je propose donc, tout simplement, d'accompagner la voiture boiteuse à la « Dom », d'y passer la nuit, et au petit jour, de transporter l'automobiliste et ses roues à réparer.

IMG_0599 Ce qui fut proposé fut fait, me voici à côté de deux gers, démontant la roue de l'auto, car le cric à l'égal de la roue de secours est partiellement cintré et presque hors d'usage. Mon Erden-Geraar, puisque c'est son nom (du moins phonétiquement compris par mes oreilles...), semble complètement désarmé face à sa situation et manifestement n'en avait jamais géré de semblables.

Il n'a de cesse que d'insister à ce que nous partions de suite sur la piste, m'indiquant bien sûr que ma voiture possédait des phares. Je teins bon dans mon IMG_0594 refus et nous nous retrouvons sous la ger du couple voisin en compagnie d'un verre de vodka, alors que la dame prépare le repas pour nous quatre. Timidement d'abord puis sans retenue, la caméra essaye de saisir ces instants exceptionnels.

Je n'échappe aux nombreuses rasades de vodka, qu'en invoquant le sommeil dont j'aurais besoin le lendemain si je succombais. Les roues prêtes à embarquer ont eu force de conviction.

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