jeudi 5 septembre 2013

3 au 7 septembre – Russie 2 – A l’ouest de l’Oural

 
Mardi 3 septembre

IMG_1033 L'idée de rayonner une journée ou deux dans ce massif montagneux a inspiré hier au soir le détour vers le nord. Au vu du ciel relativement dégagé ce matin, j'envisage de le poursuivre ce jour.
Il semble que dans cette partie sud seuls existent des sommets ronds et boisés, de faible altitude.
Le petit périple préparé doit retomber sur la route d'Ufa une centaine de kilomètres plus loin, si tout va bien.
Canasson ne se plaint pas d'un bitume en relativement bon état. Après vingt kilomètres, le GPS annonce « route non pavée ». Le bitume prend subitement fin à la sortie d'un village pour laisser place à une sorte de chemin forestier en terre. Les trous sont des plus dissuasifs pour nos petits moyens, et après un timide essai, les grincements incessants de Canasson sonnent la retraite immédiate. Pourtant, ce n'était pas vilain du tout !
IMG_1034 IMG_1038 Aucun des axes secondaires croisés on long de cette Sibérie ne m'a semblé fréquentable tant l'eau et les ornières y semblaient omniprésents au point de ne même pas oser tenter le plus petit bivouac sauvage.
La Russie n'est pas la Mongolie et ne semble pas fréquentable en dehors du macadam, tout au moins en période humide comme c'est le cas en ce moment.
Le retour vers la maison, va donc continuer comme il a commencé, par les axes principaux et sans en dévier !
Pour me faire mentir, j'ai trouvé ce soir un petit coin qui serait très agréable s'il n'était comme tous les espaces susceptibles d'offrir une zone d'arrêt, jonché de détritus de toute sorte. La Mongolie n'était pas des plus propre, mais là, nous sommes dans une poubelle !
Mercredi 4 septembre
Les oiseaux chantent, le soleil est déjà là, il est huit heures et quart à ma montre. La grasse matinée de temps en temps ça a du bon. Malgré papiers, bouteilles, légumes et autres styles de déchets disséminés alentour, la nuit a été calme et reposante.
Comme chaque jour, la route encombrée de Moscou doit être avalée avec ses bonnes et mauvaises portions. Comme le temps se maintient entre éclaircies et grisaille, parfois petite pluie, l'esprit n'est plus à la ballade. Il faudrait pour cela s'égarer hors de la route principale qui évite soigneusement toute agglomération, y compris les villes. L'avantage est ressenti par la moyenne, mais en contrepartie, aucun contact avec le pays dont on est tenu éloigné, hormis les « restos » assidûment fréquentés.
Canasson, lui aussi, semble sentir l'écurie et à ce train, la Russie sera derrière nous d'ici trois jours maximum puisque ce soir sous la pluie, nous attendons le jour suivant pour dans cent cinquante kilomètres quitter la route de Moscou et viser Kiev en Ukraine.
Petit détail : ma grasse matinée de ce matin s’est, en fait, achevée à six heures et quart puisqu'à treize heures trente j'ai en fait déjeuné à onze heures trente, ce qui explique qu'une fois de plus j'étais presque seul à table, non à cause de mon retard, mais de mon avance...Plus que trois heures de décalage ! Mais ce soir à vingt heures il fait nuit alors qu'hier à la même heure j'étais encore au soleil...
Jeudi 5 septembre
La pluie a été omniprésente jusqu'en milieu d'après-midi. La fin de matinée s'est même offert le luxe d'un vrai déluge. Au milieu des hordes de camions fréquentant cet axe de Moscou ce ne fut pas franchement un régal.
Du reste , même Canasson s'en est mêlé en faisant la tête. Apparemment, il digère très mal le diesel russe. Comme en plus par mesure d'économie je lui est très souvent offert le moins cher, à chaque accélération où presque,  monsieur se met en grève et arrête son moteur. Heureusement que couper et remettre le contact remplace le fouet que je n'ai pas.
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                                                    Eclaircie sur les champs de tournesol
Doubler dans ces conditions est devenu périlleux et crispant. Le phénomène s'est même amplifié au cours des heures au point de me faire envisager le pire.
Les bonnes paroles du garage de Chelyabinsk me semblent devenues obsolètes. Seule la possibilité annoncée que les choses s'arrangent avec la qualité du carburant me laisse un espoir.
Les différences de prix à la pompe ne sont finalement peut-être pas l'arnaque que j'imagine. Canasson va donc avoir droit à un petit dessert à la condition qu'il finisse sa soupe jusqu'au bout.
Ça tombe bien,les dernières gouttes de sa ration précédente sont avalées, voyant allumé, juste à l'entrée de Tambov, trois cents kilomètres après Penza. Invité à se faire servir une ration complète de ce qu'il trouve de meilleur, son choix se porte sur une pompe qualifiant de « Europe » le précieux liquide.
Le soleil ayant réussi à percer timidement, nous ne résistons ni l'un ni l'autre à la tentation de tester le résultat, immédiatement, sur la route de Voronez.
À l'heure où je vous parle, et après une centaine de kilomètres sur une route superbe, le jockey a ressenti une nette amélioration dans le comportement de sa monture. C'est bon pour le moral !


Vendredi 6 septembre

Kursk n'est plus très loin et ça sent de plus en plus l'épilogue russe !... Sauf, que Canasson recommence ses caprices, à un degré moindre qu'avant hier, mais tout de même au point de ne pas laisser son driver baigner dans la quiétude.
L'espoir de mettre fin à la saga russe dès ce jour disparaît lorsque, raisonnables, en croisant une superbe concession Ford à la sortie de Kursk, nous prenons la décision d'une consultation. Là aussi, toute affaire cassante, Canasson est prié de s'expliquer sur ses mouvements d'humeur !
La « valise »diagnostique quatre problèmes ! De mieux en mieux !
La vanne EGR est démontée pour un nettoyage, mais après examen, ne semble pas en cause. La tête du mécano commence à entrer en fusion sous l'effet des neurones en action. Tout à coup après que je lui explique que tout se passe comme s'il y avait une panne d'alimentation de carburant aux accélérations, il me demande depuis combien de temps le filtre gazole était en place ! ...Ce n'était pas plus compliqué, mais encore fallait-il y penser.
Bien sûr, j'ai dû attendre au garage que les choses puissent se faire. Aussi une secrétaire est-elle venue au-devant de mes éventuels besoins en me proposant d'utiliser leur connexion WIFI, ce qui a permis les quelques coups de téléphone donnés à la famille. Au moment de passer à la caisse, le chef de garage s’excusera de ne pouvoir m'offrir toute la réparation, car il lui a fallu se procurer le filtre chez un accessoiriste. Incroyable ! De plus au moment du départ, il me raccompagnera jusqu'à la voiture pour me saluer et souhaiter bon voyage.
Que de valeurs sont passées aux oubliettes dans notre société, soi-disant tellement évoluée, que nous voudrions l'imposer au reste du monde qui lui, n'a encore rien compris ! À l'idée de bientôt devoir la retrouver, j'en ai le cafard ! Là se trouve le gros problème de ce genre de voyage : les pendules sont remises à l'heure. En arrêtant de se regarder le nombril on peut se poser la question de savoir qui détient la vérité... celui qui a tout rejeté, où, celui qui n'a rien perdu ?
Pour disposer d'un maximum de temps demain à la frontière, car je ne me fais aucune illusion et m'attends à une belle bagarre, j'utilise les derniers instants de jour pour, sous la pluie, aller dormir au plus prêt d'une petite frontière, celle de Salygino à environ cent vingt kilomètres au plein ouest de Kursk.

Samedi 7 septembre

Liquider ses derniers kopecks à l'épicerie et la station-service du dernier village, puis, se présenter au poste frontière pour jouer, peut-être, le dernier acte de l'épisode russe, voilà le programme.
À neuf heures trente, le premier képi intervient. C'est le début des contrôles de police. Après quelques hésitations devant les deux passeports, Canasson est prié de faire quelques pas jusqu'au poste de douane proprement dit. Visite classique du véhicule puis présentation des papiers au deuxième poste de police. Longue discussion. Les fonctionnaires restent perplexes face à un problème pour lequel ils n'ont manifestement pas la solution.
Je suis prié de dégager la douane bien embouteillée depuis mon apparition et de suivre dans son bureau le chef des services.
Très aimable, parlant un peu Français mais pas l'Anglais il tente à l'aide de schémas et de calendriers de comprendre le pourquoi et le comment de ma situation. Pas facile ni pour l'un, ni pour l'autre. Au bout de trente bonnes minutes et après plusieurs coups de téléphone, avec la même amabilité je suis prié de faire demi-tour et de retourner à Kursk pour régulariser ma situation au bureau de l'immigration. Dire que le même service à Novossibirsk avait donné le feu vert et confirmé la régularité de la situation n'a aucun effet sinon que de me faire expliquer que Novossibirsk n'est pas Kursk et ma proposition d'avoir au téléphone mon contact en Sibérie, monsieur Grigory Milogulov le consul honoraire, est repoussé. Je fais apparemment les frais d'une sorte de guerre des polices.
Je regagne donc la voiture raccompagné par ce brave homme qui prend la peine de me saluer avant de regagner son bureau! Ne me voyant pas bouger, un subalterne vient aux nouvelles. Je lui passe le téléphone où je suis en train de finir d'expliquer la situation à Grigory.
Suite à cette intervention, un nouvel examen de la situation doit avoir lieu. Je ne me fais aucune illusion, car je ne vois pas bien cette administration oser donner l'impression de se déjuger. Le résultat ne tarde pas à apparaître en la personne du grand chef qui revient pour l'annoncer en personne. Confirmation du premier jugement ! Et toujours avec la même amabilité, Canasson est prié de m'emporter vers Kursk. Cette fois, je prends le temps d'appeler le service d'aide aux Français de l'ambassade de mon pays à Moscou. Croyant à l'incompréhension que je semble avoir de la situation, le képi demande si j'ai un lexique Franco-Russe et vice-versa. Un peu désarmé par ma réponse négative, il fait un ultime effort pour expliquer que la porte pour l'Ukraine m'est fermée, mais que par contre sont grande-ouvertes pour Kursk. Après quoi, il disparaît me laissant à mon contact avec l'ambassade qui prend acte de la situation, mais semble, comme moi, penser que je ne couperai pas au voyage vers le service d'immigration à cent-vingt kilomètres de là pour y payer un nouveau visa, nécessaire pour parcourir les derniers cent mètres restant à parcourir pour entrer en Ukraine !
Ne me voyant toujours pas bouger, un nouveau képi, lui aussi très aimable vient me prier à son tour de bien vouloir quitter les lieux. N'ayant plus de cartes à jouer j'obtempère et suivant ses indications, reprend en sens inverse une des voies d'entrée non utilisée. Un nouvel intervenant vient alors mettre fin à la manœuvre d'expulsion. Canasson doit rester sur place et son maître doit suivre un troisième fonctionnaire qui prend soin de vérifier que j'ai avec moi tous les papiers.
Après avoir contourné les bâtiments administratifs, nous voici arrivés côté entrée en Russie. Et vous l'avez deviné, il me faut faire la procédure policière d'entrée en Russie alors qu'ils ne m'ont pas laissé en sortir ! Un premier douanier se met en charge de remplir les papiers à ma place, mais se trompe de numéro de passeport. La préposée au guichet me prie de tout recommencer.
Un Russe qui vient de me céder sa place dans la petite queue, s'empare aussitôt des nouveaux documents à remplir, quitte sa place devant le guichet et me prie de le suivre. Les documents sont ainsi remplis en un rien de temps par cet homme qui semble tout gêné face à mes remerciements...
J'aurai finalement mis presque autant de temps à rerentrer en Russie qu'à ne pas en sortir !
Canasson ronronne à nouveau sur l'asphalte russe en s'éloignant de l'Ukraine.
Comme il est midi très largement dépassé, un arrêt dans un parking du village tout proche permet de se restaurer et de faire le point : D'un côté, Kursk pas très loin, avec à la clé, au moins un visa à acheter et un week-end à attendre l'ouverture des bureaux de l'immigration. De l'autre, utiliser le temps restant d'ici lundi à tenter sa chance sur d'autres postes frontières avec au maximum la même sanction.
Le choix est vite fait. À quelques dizaines de kilomètres plus au sud, sur ma vieille carte russe existe une route traversant vers l'Ukraine. Il doit donc bien y avoir une frontière. Le réseau routier pour s'y rendre est des plus secondaires et, arrivé à Korenevo, sous la pluie, je cherche la sortie de l'agglomération qui pourrait bien mener au poste frontière dont je ne crois plus bien à l’existence. Alors que je fais demi-tour au fond d'une impasse, une voiture vient se ranger à ma hauteur. Le chauffeur me demande où je vais. Lui ayant donné le nom de la première ville ukrainienne voisine, il comprend immédiatement que je cherche le « Custom ». Comme il s'y rend précisément, je suis invité à le suivre. Dédales de petites rues défoncées et gorgées de gigantesques flaques d'eau alimentées par la pluie incessante, pour finalement ressortir des maisons et rejoindre une route correcte où nous parcourons cinq à six kilomètres. Devant les barrières de la douane existante, la voiture de mon guide fait brutalement demi-tour et j'ai tout juste le temps de me précipiter à sa portière, l'arrêter et le remercier. M'adressant un grand sourire, il retourne tout naturellement chez lui !
La douane est réservée aux frontaliers. Mais le douanier en service prend soin de me faire un plan des routes pour rejoindre l'une des deux frontières l'encadrant. Il est sûr que celle au nord ne sera pas mon choix, mais encore plus au sud, à Sudza, pourquoi pas ! De toute façon, je m'y serai rapproché à quatre-vingts kilomètres de Kursk, si j'y arrive ! Car je suis en train de visiter la Russie profonde pour m'y rendre, mais le macadam est présent. Le GPS finit par trouver la route, mais il faut remonter assez haut au nord avant de redescendre. Les documents routiers en ma possession ne me permettent pas de trop improviser. Alors je vais suivre les indications données. Un stoppeur ramassé sur la route entre deux averses, va m'indiquer une route directe en bon état qui met mon objectif à seulement trente kilomètres de là !
Il est tard, dix-neuf heures viennent de sonner et il reste encore un bon quart d'heure de route. À l'ambassade qui m'a appelé durant la route pour savoir quelle était ma situation du moment j'avais indiqué que je ne comptais pas passer en douane avant le matin pour ne pas risquer d'y passer la nuit.
Mais tout compte fait, pourquoi pas ! Si les fonctionnaires sont pressés de rentrer à la maison ?...
Le premier contrôle de police ne pose pas de question et j'entre dans la place. Au poste de douane, trois préposés souriants examinent les papiers un long moment. Puis, comme ce matin je dois mettre la voiture de côté pour libérer le passage et attendre.
Visite du responsable des lieux qui me prie de faire demi-tour. Mais cette fois je dois attendre hors du poste de douane. Mes papiers ne me sont pas rendus ! Il se passe quelque chose...J'obtempère et patiente un bon moment que j'utilise à me restaurer.
Le responsable finit par me rejoindre et il me faut faire à nouveau l'historique de la partie du voyage qui m'a amené à cette situation. Je suis écouté très attentivement et parfaitement compris. Après quoi, je suis à nouveau prié d'attendre cinq minutes et laissé seul.
L'ordinateur m'aide à tuer le temps et ne vois pas arriver trois hommes en civil qui frappent à ma fenêtre. L'un d'eux me demande mes passeports. Méfiant et ne sachant pas du tout à qui j'ai affaire hors de l'espace douanier, j'explique qu'ils ne sont plus en ma possession, mais certainement au poste de police tout proche. Les voyant revenir bredouilles après qu'ils soient entrés dans les bureaux de police, je suis rassuré sur leur intention. M'excusant de l'étourderie, les passeports sont remis à un jeune, bien habillé et souriant qui écoute lui aussi mon histoire avec attention. Tout à coup, les papiers me sont rendus et l'homme se confond en excuses au nom de la Russie pour les désagréments encourus. Il me prie de bien vouloir me présenter à nouveau aux divers services de la douane.
Premier poste de police, aucun ne contrôle. La douanière, au deuxième stop, semble toute gênée d'avoir à visiter mon habitation. Le dernier poste de police récupère les passeports et trois préposés commencent un examen détaillé de chacune des pages surtout celle des visas leur posant problème. Les trois experts civils de tout à l'heure ont disparu. Je n'ai pas même osé leur demander qui ils étaient et d'où ils arrivaient ?
La situation recommence à sentir le vinaigre. Et l'espoir revenu, commence à en prendre un sérieux coup. Mais cette fois je suis décidé, si ça tourne mal, à bloquer la douane jusqu'au retour en la place de mes trois anges gardiens.
Après un quart d'heure d'attente à n'y rien comprendre, je m'installe dans la cellule pour me réchauffer et grign
oter un peu. Je n'ai pas fini le yaourt attaqué que quelques coups sont frappés à la porte. Les deux passeports sont tendus et l'invitation à poursuivre vers l'Ukraine m'est faite.
La saga russe vient de prendre fin.





















1 commentaire:

  1. Salut du Kazakhstan Asylbeki Elmira, j'ai envoyer cette photo en Premi Bernard & Véro Skype dans la liste d'amis

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