lundi 19 août 2013

15 au 18 août – Mongolie 9 – Le désert de Gobi

 
Jeudi 15 août

Trois jours de suite sans dépasser les 50 km jour. C'est une bonne moyenne de retraité ! Et pourtant si l'on en juge par la journée écoulée, les vieux ne chôment pas tant que ça !
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 Bayantooroy s’éloigne peu à peu… 
Ce matin la décision de sortir de cette partie sud du désert de Gobi était prise. Hier au soir déjà, un de mes voisins est venu voir à quoi ressemblaient l'étranger et sa drôle de Ger. Il est biologiste, en poste à , ou les espèces protégées sont nombreuses. Toute fois aucun des fameux ours résidant dans la région n'a daigné nous rendre visite et je n'en suis pas trop mécontent. Sa description de la piste d'Altaï, située à l'ouest, et qui était mon projet, est vraiment  mauvaise. Celle pour remonter sur Tsogt à soixante kilomètres au Nord ne parait pas meilleure !
Me voici donc avec le choix entre deux mauvaises pistes  ! Sur la piste d'Altaï, je crains d'y être vraiment très isolé et d'y rencontrer peut-être, du sable. Sur la piste de Tsogt, je suis sûr d'une chose, une gorge va devoir être remontée pour atteindre le village planté aux environs des 2300mètres d'altitude, en pleine montagne.
C'est cette seconde option qui ce matin à mes faveurs, d'autant que la météo n'est pas encore revenu au meilleur de sa forme. Itinéraire court pour atteindre la ville d'Altaï à deux cents kilomètres au nord, c'est aussi le passage obligé donc d'autres téméraires risquent d'y être croisés. En cas de soucis il y a quelque chance de ne pas y rester seul une éternité.
Presque quatre heures pour atteindre le pied de la montagne, trente kilomètres plus loin et donc des fameuses gorges où je ne sais pas trop ce qui s'y trame!
IMG_0728L'immense plaine au nord de Bayantooroy est en fait un gigantesque pierrier strié de très nombreuses petites dépressions drainant les eaux de pluie. Heureusement, cette province de Mongolie est l'une des moins arrosées par les précipitations annuelles. « Canasson » n'a donc pas eu, en plus d'autres maltraitances, à se mouiller les pneus.  À plusieurs reprises, le porte à faux de la cellule a obligé le cantonnier de service, en fait, moi-même à jouer les carreleurs. Les pierres ne manquant pas, ce ne fut pas un gros souci, personne ne m'attendant pour la fête à l'arrivée. Avant tout, il n'était surtout pas question de renouveler la mésaventure d'Azerbaïdjan !
IMG_0737 Heureusement, prenant, peu à peu, de la hauteur, la vue sur cette gigantesque plaine du Gobi que je quitte est superbe. La montagne « Mère sacrée » qui barre l'ouest de Bayantooroy, jetant vers le ciel ses deux sommets pointus, est là, plantée seule au beau milieu d'un désert ocre, rigoureusement plat. Seuls y sont semés une multitude d’îlots montagneux paraissant minuscules. Dans le lointain, à peine visibles, les plus hauts sommets de L'Altaï lui barrent le passage.                   La montagne sacrée
IMG_0739 Une pause déjeuner est décrétée non loin de l'entrée des gorges. Il faudra sans doute y être patient, prudent et en forme physiquement, car je pressens qu'il faudra faire à nouveau appel au « cantonnier » à plusieurs occasions. À voir l’enchevêtrement de falaises, au bout de la piste encore visible, rien ne laisse penser qu'un véhicule puisse s'y frayer un chemin. Et pourtant, le passage existe, donc, il est faisable. Reste à savoir si ce sera dans les cordes de « Canasson ».
                   L’entrée des gorges                              Pour se donner du temps, la sieste a été réduite à néant. En gros une dizaine de kilomètres à parcourir dans ce canyon, autant aller voir de suite ce qui s'y passe.
Il fallait s'y attendre, c'est le lit à sec du torrent qui est utilisé. Pour y prendre pied, il faut déjà faire appel aux ponts et chaussées. M'étant moralement préparé à y passer le temps qu'il faudra, y compris y bivouaquer, tout se fait dans le calme et la bonne humeur. La première courte sera enclenchée sur la presque totalité du parcours et Canasson m'y surprend par sa relative aisance dans des passages scabreux, repérés à pied pour réussir une trajectoire parfois au caillou prêt! 
IMG_0740 IMG_0741 IMG_0742 IMG_0743 Après deux heures sans le moindre incident, à progresser au pas, par le seul effet du régulateur, plus lentement qu'un promeneur ne l'aurait fait, une moto apparaît au détour d'une falaise. La femme et son garçonnet de huit à dix ans y ont pris place en arrière du mari qui joue les virtuoses au milieu de blocs de pierre instables, sur une pente importante. Suit un vieux 4x4 style jeep, chargé à en déborder, de tout le matériel nécessaire à une famille de nomade en déplacement. Les grands-parents en sont les occupants. Heureux des deux côtés de l'occasion fournie à une poste méritée, je ne savais pas encore qu'ils étaient engagés sur le parcours depuis peu de temps. Quand sont-ils arrivés à destination ? Je n'ose les imaginer roulants à la lueur des phares même dans la plaine de Bayantooroy.
IMG_0744  En tout cas, pour nous, Canasson et votre serviteur, reste à négocier deux fortes épingles creusées entre de hautes falaises. Et puis, d'un coup, un vallon un peu moins raide et large, couvert de quelques herbes, délimité par des roches maintenant ridiculement basses qui laissent pénétrer le soleil à pleins rayons. C'est à tout coup, le présage d'une sortie assez proche. Rien n'est fini pour autant et le sentiment de réussite ne doit pas faire se relâcher l'attention. Elle sera plus que nécessaire jusqu'à l'arrivée au col dominant Tsogt,
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visible à six kilomètres environ.
Un énorme Ovoo y est implanté, permettant ainsi au yageur de remercier les forces naturelles du bon déroulement du voyage.
 IMG_0752Tout juste arrêté en ce lieu, trois véhicules vont faire leur apparition coup sur coup et s'y arrêter à leur tour. Certains des occupants ne manquent pas de faire le tour de ces pierres en y jetant aussi la leur, ramassée sur place. Après quoi, les pastèques sortent des coffres et sont offertes à qui veut.
Je suis tout de même rassuré d'apprendre par une jeune, parlant anglais, qu'ils ne se lancent pas dans le canyon à une heure pareille et avec des véhicules ordinaires, mais sont simplement venus voir la montagne sacrée dont les deux sommets pointent encore entre deux des falaises de la gorge en contre bas.
IMG_0758 La redescente du col a encore requis toute l'attention du chauffeur et les qualités de Canasson, qui trouvant au bas de la pente une prairie au bord de l'eau, à son goût, à préféré s'en tenir là pour la journée.
Sa récompense fut un bon lavage, car depuis ses frasques dans les marais, sa présentation laissait à désirer.



Vendredi 16 août

Remettre en état la maison, la cabine, le bonhomme et tout...et tout...et tout..., ça laisse s'égrainer les heures. Le village Tsogt n'est plus qu'à 6 kilomètres, dès fois qu'il s'y trouve un bouiboui, inutile d'arriver trop tôt.
Le village est désert ou presque et la pompiste de la station-service n'est pas particulièrement aimable lorsque je lui demande ou se trouve la baraque de distribution d'eau. En fait, toutes les agglomérations où presque, possèdent ce type d'installation, qui, je pense, protège le puy commun.
Ne trouvant pas de préposé à la distribution et deux jeunes semblant me répondre qu'il n'y a pas d'eau, je décide de passer mon chemin. Le déjeuner se fera à la maison.
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Plutôt que de rejoindre Biger puis Altay directement, la réserve naturelle “Burhan Buuday uul” qui abrite un sommet assez élevé, est tentante. Donc, ce sera cap à l'ouest pour rejoindre de toute façon Altay mais par Tseel et Halium. Ainsi, la route initialement prévue si la traversée du Gobi sud s'était poursuivie, est récupérée.
  IMG_0767 La piste, très jolie , à mi-chemin du parcours menant au premier village, passe à un col semé de petites tours granitiques. Comme il est temps de s'addoner au repos de fin de journée, après deux groupes de Gers, la mienne est installée.
À peine le temps de me préparer à faire un petit tour sur l'une de ces tours rouges, dressées sur la crête voisine, qu'une moto s'approche et stoppe à ma porte. Je suis un peu pressé, car le soleil, dans peu, arrêtera d'éclairer ce décor magnifique.
 IMG_0787 IMG_0784C'est ainsi que j'ai eu de la compagnie pour ma petite ascension. Étant invité à déplacer mon véhicule à côté de la Ger du motard, j'ai bien sûr accepté, mais en expliquant qu'auparavant, je faisais un aller et retour sur la montagne. Ma surprise a été grande de voir mon hôte m'accompagner. À mi-parcours un jeune berger descendant notre pente fait demi-tour et se joint à nous. C'est le fils de mon accompagnateur.
  Ne voulant surtout pas engager l'équipe dans une escalade délicate, l'objectif est adapté en fonction de débutants supposés !
IMG_0696 IMG_0790IMG_0693 IMG_0789 Un petit kilomètre pour déplacer mon étalon avec à mes côtés le gamin tout heureux de pouvoir quitter la selle de la moto paternelle et nous nous retrouvons à dîner ensembles, sous une Ger extrêmement bien tenue et coquette.  Un bébé d'un an est demi est la petite sœur du jeune berger. Bien entendu, au préalable, la visite des voisins s'est effectuée, comme d'habitude, et la vodka sortie du coffre n'a été refusée par personne!

Samedi 17 août

Je ne m'attendais vraiment pas à ça. L'arrivée à Tseel, planté au beau milieu d'un cahot de blocs granitiques, au milieu desquels serpentent des multitudes de pistes toutes plus encombrées les unes que les autres par d'énormes pierres profondément enchâssées, a failli ne pas avoir lieu. De longues minutes je me suis cru un conquérant cherchant en vain à prendre d'assaut une citadelle. Par deux fois, non sans mal, j'ai fait le tour de ce village. Lorsque tout à coup après deux passages scabreux repérés à pieds au préalable j'ai atteint ce que je croyais être le centre de l'agglomération, j'ai compris ma méprise et me suis senti quelque peu piégé. Heureusement, un motard et son fils sortaient de la plus proche maison. Comprenant mon désarroi, ils m'ont gentiment guidé jusqu’à la sortie des habitations. Mon plein d'eau attendra de meilleurs hospices !
Au schéma, tracé sur le sol de la piste, pour expliquer mon parcours à venir, je n'ai rien compris sinon que ça risquait d'être bien difficile.
 IMG_0698 Effectivement je n'ai pas été déçu et j'en ai même oublié de faire des photos. Quatre heures pour n'arriver qu'à mi-parcours du trajet devant mener à Haliun et je ne suis pas encore sortie de ce vallon étroit, mais heureusement horizontal, qui emprunte majoritairement le lit du torrent!




Dimanche 18 août


IMG_0791  Mon bivouac dans ce vallon fut finalement excellent. Les voisins étaient suffisamment éloignés pour ne pas me déranger avec une sono éventuelle ! Toute fois, hier au soir à deux reprises, les enfants des Gers du dessus, sont descendu me rendre visite avec insistance. Mais je me suis forcé à ne pas être trop bavard ou gentil, car, fatigué par la journée passée qui m'avait paru longue et peu intéressante, je tenais à me coucher de bonne heure et rester tranquille.
IMG_0793        Après avoir promis à Canasson de le ménager et de lui laisser le temps qu'il faudra, il accepte d'entamer la suite des réjouissances qui, d'après la carte, doivent encore durer une quinzaine de kilomètres...
Le décor est plutôt agréable et la piste un peu moins scabreuse. Je commence à me réconcilier avec cet endroit. Maintenant un petit ruisseau aux eaux bien claires agrémente le tableau et permet à mon fidèle compagnon de se laver et rafraîchir les pattes.
IMG_0797 IMG_0799              Les montagnes surplombant ces gorges, sont formées de roches très colorées par endroits, allant du noir au violet en passant par des blancs et jaunes. Étonnant !
Petit à petit, même si sous les roues pas grand-chose ne change fondamentalement, le fond du vallon s'élargit, laissant quelques espaces en prairies, au confluent d'autres petits vallons latéraux. Sur l'un d'eux, la salle à manger est trouvée. IMG_0807 Après une grosse assiette de riz, revenu aux petits oignons et aromatisé par une grosse saucisse mongole qui y a cuit, j'avais faim, le café me laisse le temps d'admirer le décor et de constater que le ciel voilé n'est toute foi pas menaçant.
Donc, celui-là, en face, qui me nargue depuis une heure avec ses multiples arêtes rocheuses et son beau sommet pointu, j'ai décidé d'en faire mon dessert. Après préparation des bâtons, enfilage de bonnes chaussures et mise de deux à trois bricoles dans le sac à dos, c'est parti pour lui rendre visite.
  Comme ma carte russe se finissait précisément quelques kilomètres avant ce joli petit sommet, je n'est aucun renseignement à son sujet. Un petit coup de jumelles pour décider du parcours et j'abandonne Canasson dans son champ à 2230mètre d'altitude. Quelle est celle de mon objet de convoitise, peut être cinq où six cents mètres de plus, mais depuis que la Mongolie a semé le trouble dans mes estimations de distances, je me méfie.
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Le pied de l'arête convoitée est sous mes semelles en dix minutes à peine alors que, prudent, je m’efforçais de l'estimer à un ou deux kilomètres de la voiture. Puis les repères rocheux pris à la jumelle sur le parcours arrivent bien plus vite que prévu ! Le temps de quelques photos et voici le sommet à portée de main en tout juste une demi-heure. Le vieux guide ne sait plus du tout où il en est avec la notion de temps. Mais dans ce sens-là, c'est assez rassurant, vu que je ne me voyais pas en haut avant deux petites heures. Altimètre : 2450 mètres. Seulement ça ! Mais c'est le plus haut de tous ses voisins et en plus il était élégant.
Canasson n'a pas eu le temps de s'ennuyer en une heure et nous repartons de suite pour Altay. Le massif montagneux du même nom, s'étire très loin vers l'Est en de nombreux petits massifs comme les tentacules d'une énorme pieuvre. Tous ces bras de la bête, divisent le désert de Gobi en de multiples plaines, parallèles les unes aux autres, du sud au Nord et donc aux caractéristiques très différentes.
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La sortie du vallon
Après donc la sortie du vallon, une nouvelle petite, de ces plaines, nous sépare du dernier tentacule à traverser avant d'atteindre la ville. Encore quelque petits passages de bravoure et nous touchons au but vers dix neuf heure, juste à temps pour déposer chez un garagiste, les deux roues de secours crevées dans ces trois derniers jours !

                                     































mardi 6 août 2013

3 au 5 août – Mongolie 6 - Vers le désert de Gobi

Samedi 3 août

Me voici donc engagé sur la route de Dalandzadgad, partant plein sud d'Oulaanbaatar. Cette ville plantée en plein désert de Gobi est en fait un très gros village.
Hier dans l'après midi les premiers soixantes kilomètres se sont révélés très madiocres. Mais ce matin à peine parti du bivouac, ma surprise est grande de retomber sur une excellente route qui finira malheureusement quelques 80 kilomètres plus loin. A partir le là, la piste est souvent très médiocre à franchement mauvaise surtout en raison des travaux d’extension de la route en construction. Le macadam fera sa réapparition avant Mandalgovi, mais n'ira guère plus loin.
La piste s'améliore toute fois, mais la tôle ondulée est omniprésente.
Nous sommes en plein dans le désert de Gobi, surprenant par l'herbe verte qui ne laisse pas même entrevoir le sol caillouteux et légèrement sablonneux. Notre référence d'image d'un désert étant pour la plupart d'entre nous les occidentaux celle des espaces de dunes et sable d’Afrique du nord, je reste un peu sur ma fin jusqu'en milieu d 'après midi.
Alors que prudemment, j'essaye d'éviter au mieux les secteurs de « vitro-massage », un vieux camion citerne russe me double à vive allure hors traces. Vite distancé, la présence de ce véhicule n'est plus qu'un nuage de poussière de moins en moins visible, dessinant dans le lointain le tracé à suivre. Au détour d'un virage coincé entre deux bosses, quelques vingt minutes plus tard, j’aperçois le camion perché, hors piste, sur une de ces nombreuses
proéminences caillouteuse. Une fois rapproché, le capot du moteur grand ouvert est nettement visible ainsi que deux personnes dont l'une, perchée sur le pare choc avant, est penchée sur le moteur. Les grands signes que m'adresse le deuxième personnage détourne mon valeureux petit Ford qui se met en devoir d'escalader la colline.
Pas de souci majeur, seulement laisser le temps au vieux moteur russe de se refroidir, car l'eau boue joyeusement. Ainsi je vais avoir le temps de recueillir quelques précieux renseignements sur l'état des pistes sur mon parcours des jours à venir. Mais les quiproquos dus à ma méconnaissance du Mongole me font comprendre des choses contradictoires. Je ne suis donc pas beaucoup plus avancé et devrai juger par moi même le moment venu. La seule chose dont je suis sur, c'est que les cents kilomètres avant Dalandzadgad m'ont été présenté comme mauvais.
A la redescente d'un mini-petit col, dans un secteur joliment accidenté de dunes moins arrondies que d'habitude et très enchevêtrées, le décors change assez radicalement. L'herbe plus courte et très éparse maintenant, laisse transparaître les couleurs rougeâtres de certains reliefs et leur nature caillouteuse. Le Gobi, désert, commence donc à se dévoiler. Au sommet des dernières collines visibles vers le sud, l'arrêt est choisi surplombant une immense plaine dont la légère poussière de sable en suspension, présent toute l'après midi, ne laisse pas percevoir la fin. 
Ce sera le menu de demain.

Dimanche 4 août

Tout compte fait, la descente jusqu'à Dalandzadgad, tout de même encore distante de presque 300 kilomètres, me fait hésiter. Si la traverser vers le Nord Ouest s'avère impraticable, il faudra remonter jusqu'à mon point actuel, dernière traversée possible d'après ma carte, pour rejoindre le grand axe Sud, Ulaanbatar / Arvayheer / Bayanhongor / Altay / Hovd que je compte bien tenter d'éviter au maximum par une piste qui lui est parallèle, plus au sud d'une centaine de kilomètres.

Donc pour ne pas risquer de perdre quatre jours à un essai infructueux, étant à environ 85 kilomètres au sud de Mandalgovi, je file tout de suite vers Arvayheer. Une petite piste comme je les aime maintenant, prend naissance à une trentaine de kilomètres plus au sud.

La chance me sourit, puisque se présente bien plus tôt que prévu une traverse avec même, ce qui n'est pas courant, un panneau indiquant Huld, premier village de ma traverse.
D'emblée, un mauvais passage avec d'énormes ornières oblige à une reconnaissance pédestre. Ma monture s'en tire ma foi fort bien et de suite, la tôle ondulée disparaît presque totalement. Le choix semble parfait et le compas du GPS confirme sans cesse, au grès des nombreuses ramifications de piste, la bonne direction. Restant toute foi sur la défensive, mon pur sang progresse avec sagesse. Les records de distance ne sont pas battus, lorsque l'horloge biologique sonne le signal du déjeuner. Passé quelques Gers, le côté gauche de la piste offre un emplacement d'une planéité parfaite.
Le café ne suffisant pas à estomper une soudaine envie de sieste, je vais céder à la tentation lorsqu'un tout jeune cavalier s’arrête à ma porte. Nos regards se croisent et en guise de discutions, le bonhomme, toujours en selle, attrape difficilement le gâteau que je lui tends depuis ma porte, sa monture étant quelque peu inquiète d'avoir mon bras tendu au raz des naseaux.
Tout souriant, le gamin me désigne les deux Gers dépassées tout à l'heure, distantes d'environ cinq-cents mètres. Puis, me saluant d'un grand geste du bras, il s'éloigne dans leur direction.
Pour préparer quelques SMS sur un téléphone qui ne trouve aucun signal, je suis déjà installé pour mettre à exécution mon projet initial.
Ce sera de courte durée, puisque un reniflement chevalin dans l’entrebâillement de la porte, me sort de la douceur d'une première torpeur au combien agréable.
 Le gamin de tout à l'heure et sa monture sont de retour. De toute évidence, il a envie de faire plus ample connaissance avec cette drôle de cabane sur roue et éventuellement son propriétaire. Invité à entrer, l'enfant saute au sol, attache sa monture à la poignée de sécurité de la cellule et tout souriant, gravi les deux marches. Pour faire passer le gâteau de tout à l'heure, il accepte le jus d'orange proposé, avant de s'empresser d'en réclamer un autre !


Il écoute quelque temps la musique en sourdine qui était destinée à me jeter dans les bras de Morphée. La visite des lieux terminée, les mains encombrées des deux jouets choisis dans ma caisse magique, il ne sait comment, du haut de ses un mètre trente, remonter en selle sur un cheval déjà trop haut pour lui. Je l'y aide et le voici qui me fait de grands signes en direction de chez lui. Je crois comprendre qu'il m'invite à le suivre, mais me garde bien d'une telle initiative sans une bonne raison.
L'envie de sieste étant du coup terminé, mais peu pressé de reprendre le volant, le blog se prépare pour la première connexion à venir. Peu de choses seront écrites avant que le bruit d'une moto s’arrêtant tout près me fasse mettre le nez à la porte. Mon jeune cavalier est à nouveau là, mais cette fois accompagné de son père en moto, transportant, assis devant lui sur le réservoir, le petit frère.

Nul doute cette fois, l'invitation à me rendre avec le véhicule jusqu'à la Ger familiale est faite en bon et du forme. Je ne me fais pas prier une seconde et à peine le temps de ranger ma table, mon canasson se gare auprès de la résidence de mes hôtes. Le thé mongol, au lait et salé, est partagé durant les présentations. Les occupants de la Ger voisine sont là, bien entendu. 

Les deux enfants âgés de neuf et cinq ans me dit on, trépignent d'impatience, l’aîné tout fier de devoir faire découvrir au petit frère et aux parents, ma Ger à moi !
Ceci étant fait, je suis invité à passer la nuit sur place et de ne partir que le lendemain. Mon agenda heureusement inexistant ne me trouvera aucune excuse pour refuser !
En soirée, après avoir dîné avec eux tous, le petit cavalier, avec la dextérité que l'on connaît à tous ces enfants du monde nomade mongol, ramène seul le grand troupeau de chèvres sur plusieurs centaines de mètres. Les femmes les lient les une aux autres pour la nuit, puis les chevaux boivent leur ration tirée de la citerne alimentant la famille. 
Toutes les tâches étant achevées, les images vidéo tournées dans l'après-midi vont animer le petit écran de télévision qui vient de retrouver du service, après que je me sois permis de raccorder le câble sectionné, du panneau solaire.


Lundi 5 août
Le départ va-t-être difficile ce matin. Quitter cette famille qui ne me lâche plus depuis hier début d'après-midi, est devenu indispensable pour ne pas risquer de rater mon rendez-vous du 27 avec les douaniers mongols et russes.

Les enfants sont toujours couchés lorsque je suis invité à déjeuner par la maîtresse de maison. Ma présence étant le signal d'ouverture de la cabane, l'aîné se lève sans tarder, pour ne pas rater la plus petite minute de cette ouverture qui sera limitée dans le temps ce matin !
Bien sûr, je ne hâte pas mon départ d'autant que les séances dessin et photos ont repris sans que je m'y oppose!

Mais tout à une fin et c'est tout ému par les presque vingt-quatre heures que je viens de vivre auprès de cette famille, que, les yeux un peu humides, je rate la bifurcation de piste pourtant assez proche des Gers. 
Après deux kilomètres, la trace devenant de moins en moins perceptible et prenant une orientation ne me convenant pas, je fais demi-tour pour enfin obéir au GPS pas du tout d’accord. Revenant « sur mes roues », très vite je perçois venant en sens inverse, une moto. Pilotée par mon hôte, elle transporte également les deux enfants. Conscients de mon erreur, ils étaient partis à ma poursuite pour me remettre dans le droit chemin.
Aux tous premiers kilomètres, la grande plaine d'hier vient buter sur une petite chaîne de collines rocailleuses très colorées. C'est superbe, même si de très nombreux franchissements de rivières asséchées laissent penser qu'en cas de pluie la piste doit être impraticable. Les descentes et remontées parfois très creusées dans ces lits témoignent d'un niveau d'eau possible non négligeable.





Aujourd'hui non plus, je n'irai pas bien loin. La présence d'un puits non asséché le long de la piste, justifiera un arrêt très prolongé, pour bénéficier jusqu'à demain, de tous les avantages d'une eau non rationnée. Même ma monture y a eu droit ! (N 45,40794 E 104,12931)


Mardi 6 août



Plus qu'une petite heure de route pour atteindre Sayhan-Ovoo, joli petit village qui a la chance d'être baigné par la rivière Ongïyn gol.


 Après quelques courses et le plein de gasoil, j'arrive un peu trop tard pour assister à l'attraction locale de l'instant, l'un de ces increvables petits fourgons 4x4 russes qui s'est mis dans une situation délicate en tentant la traversée du cours d'eau dont la couleur est déjà annonciatrice des orages qui doivent sévir en amont. Le temps de stopper et sortir le matériel photo, le vaillant véhicule, gris clair comme tous ses semblables, a été tiré d'affaire.
Le début de crue de l'Ongïyn gol, fait hésiter les candidats à la traversée. Le village sera coupé en deux quelque temps.
La prochaine étape pour moi est Bayangol où il me faudra passer sur l'autre rive. Ce village sur la carte est le carrefour de cinq pistes, dont une de moyenne importance. Autrement dit, une autoroute par rapport aux voies de circulation mineures que sont mes choix actuels, je suis confiant.
Quelques centaines de mètres avant de buter sur les eaux noires baignant l'entrée du village, deux énormes camions chargés de matériaux de construction, font un délicat demi-tour, sur un terrain aux nombreuses zones plus qu'humides : mauvais présage !
Près de l'eau, un cavalier et sa monture jouent le taxi pour les occupants de véhicules situés sur la rive opposée. Par endroits, le cheval a de l'eau jusqu'au poitrail et commence rapidement à vouloir refuser de jouer les passeurs.

Un mini attroupement se former sur ma rive, chaque candidat au voyage, venant juger de la situation alors que d'autres se mettent en place pour un éventuel spectacle. Bien sûr avant l’ouverture du rideau, en première partie il y a la visite du château où je termine tranquillement de déjeuner prenant le temps de la réflexion.
Les propriétaires de petits camions, Russes bien sur, perchés sur la rive d'en face, ont tombé le pantalon pour sonder divers passages. Ils ont tout de même de l'eau à mi-cuisse et ma décision étant prise, je leur pose la question de la présence d'un éventuel pont. Il y en a un, à Arvayheer, cent kilomètres au Nord sur le grand axe le plus Sud, venant de la capitale et traversant le pays jusqu'à la frontière Ouest.
...enfin sortie de l'auberge...lepont est sousmes pieds!
Entre temps, un gros 4x4 Range-Roover, chargé d'une famille nombreuse, est arrivé à nos côtés. Le chauffeur prend le temps d'observer une dernière fois le passage des sondeurs retournant à leur véhicule, fait embarquer la famille et se lance sans l'ombre d'une apparente hésitation. Il est vrai que chez eux, cette situation n'est pas exceptionnelle, car ce qui l'est, ce sont les ponts.
Suivant à la lettre les gestes des sans-culottes, tout se passe à merveille. C'était du beau pilotage !
Du coup, chacun, sur les deux rives y va de ses encouragements pour que je tente l'aventure. Les petits camions d'en face et le 4x4 me font signe qu'ils me tireront si nécessaire.
Je ne nierai pas que la tentation fut très forte ! Mais décision était prise, je me détourne et chacun de me saluer à grand renfort d'avertisseur.
Trois heures pour traverser ce qui est redevenu une immense steppe plate et verte. La ville est maintenant visible, mais les éclairs qui la surplombe ne laisse aucun doute sur la rincée que je vais y prendre. Pour l'instant je suis épargné, mais le slalom commence sur un terrain trempé heureusement majoritairement caillouteux. La ville est là, de l'autre côté de la rivière, mais le pont n'est manifestement pas à l'extrémité de cette piste qui plonge sous les eaux d'une rivière devenu en colère. 
Demi-tour pour tenter de trouver une piste qui remonterait encore plus au nord le long de l'Ongïyn gol. Je trouve mon bonheur là ou d'autres ont trouvé une galère. 
Deux camions tentent de se désembourber mutuellement. Après le spectacle, un des chauffeurs me situe le pont tant espéré, à l'aide du plan qu'il me trace sur le calepin qui ne quitte pas ma poche. Un bon dessin vaut toujours mieux qu'un long discours, surtout en mongol!
Le pont salvateur
Nouveau slalom en marécage sur une trace heureusement en gravillons, franchissement d'un très mauvais col pour passer deux collines d'une centaine de mètres barrant la rive, et le fameux pont est enfin en vue encore deux kilomètres plus loin. Arvayheer est maintenant à portée de roue, mais cette fois, seize kilomètres plus au sud !!


Que n'ai-je traversé à Bayangol...


Arvayheer